jeudi 7 août 2014

ÉLÉVATION ESTIVALE

Bon alors évidemment il faut d’abord marcher ; trainer son poids et toute sa peine des heures entières dans la pierraille calcinée par le cagnard. Des kilos et des kilos de valeurs terrestres inutiles, à hisser pas après pas, mètre après mètre dans la scabreuse fournaise qui inonde la succession de ravins affreux sous nos pieds. 

Un plein raz bord de besoins mercantiles, et son équivalent en ordures quotidiennes amoncelées sur notre route depuis qu’on a signé un jour notre feuille d’émargement pour ces fadaises cosmiques. Ce genre de style de vie puéril et son lot de noirs entortillements dans l’engrenage politique et la vocifération générale assermentée. Se hisser, Goya à sa forge… à la seule force de nos encombrements pittoresques jusqu'au sommet. Une pente raide pour supporter nos vaines ampleurs et nos pires procédés d’assombrissement. Une pente, hérissée d’orgueil dérisoire et de petits bonheurs crevés ; toutes sortes de viles dégueulasseries qu’on traîne déplorablement avec soi. Une montée, hosanna, pour enrichir le ciel de notre matière inepte et laborieuse. De la montée en pagaille, de la montée à gogo ; de la montée à n’en plus finir ; de la montée jusqu’à la nausée.
 
 



Un paysage d’abrutissantes afflictions touristiques. Jusqu’à ce remodelage de combines atmosphériques impressionné sur une toile d’eau bleue hermétique. Une chouette vernis dans le genre d’un ballet doré de Rubens sur une scène de gloire antique. Une dégringolade de schiste et de granit à la manière d’une coulée d’anges rebelles sur un devers de gazon ardent. Rubens après Goya… Permettez le désordre dans la règle d’un ancien parnasse de souvenirs esthétique perché au dessus de nos têtes et dégobillant son emprise à la mort du jour. Bref, moi qui pensais réussir à me noyer dans l’eau limpide une fois l’escalade aboutie ; m’immerger dans un morceau de ciel liquide après avoir remonté Ingres jusqu’à sa source au lieu de patauger désespérément dans un décor saumâtre de Paul Klee. Cette grande poissonnerie allégorique également chère à Courbet. Mais je m’éloigne, me disperse, m’engloutis… alors que c’était le matin déjà. Notre destinée funeste de manquer d’élévation pour de longs mois encore ; des années surement. Toute une vie aux oubliettes. Vous savez vous, ce qu’en aurait fait, Matisse, lui, d’une nuit pareille, après avoir tant monté si haut dans le ciel tout un jour durant ? Ce bleu qu’il aurait peut-être voulu garder, épais dans la dorure des étoiles effilochées de juillet. Un Icare au cœur saigné peut-être. Et Bosch, qu’en aurait fait Bosch lui d’un jardin pareil suspendu si haut, et de la terre entière sous ses pieds ?
JLG


PHOTOS © 2014 JL GANTNER - TOUS DROITS RÉSERVÉS


samedi 2 août 2014

INTERIEUR-NUIT


Une certaine idée de la nuit, magnifique, qui nous enveloppe même dans la lumière crue d'un ciel d’été ébloui. Le bout du jour qui s'écrase dans la couleur blafarde et tiède d’un été foireux pour enchainer les virages serrés à la suite d'un hiver encore pire...  

"Le bout du bout !" comme on dit dans le langage des coureurs cyclistes... Lorsque les jambes sont lourdes les lendemains de victoires éphémères... et qu'on y voit plus rien de la route qui se poursuit, infatigable ; seul, et dévissé du peloton principal. Un "voyage au bout de la nuit" dans la moiteur torride, qui incombe au dérèglement du climatiseur général. Un si triste voyage dans le précipice de la nature humaine et la route qui défile à tombeau ouvert pour viser juste dans la direction d'un cimetière provisoire.



 

Ce grand tapage nocturne de farandoles obsolètes, imbibé d'ombres molles et d'ambre solaire évaporée. La plastique consternante de quelque paysage intérieur jaunâtre d'un jour qui inlassablement décline dans nos cœurs déchiquetés. Ce pacte signé avec la communauté d'anciens saturniens, pour passer inaperçu chez Dürer ou dans l'atelier de Goya avant d'effleurer Baudelaire oublié dans une pile de bouquins posée à coté du piano d'entrainement. Un poison orgiaque et sa bile affreuse répandu sur les murs du salon souffreteux. La houle atroce d'un immeuble de province chancelant sous son vernis 18e passé d'usage à l'heure des dortoirs synthétiques. À l'intérieur, une marée des songes calcinée et un océan cauchemardesque fondus sur un écran connecté à l'ADSL. Cette peinture murale électrique, brossée dans la lie et les rognures des nouveaux pixels. Une illusion forcenée d'un monde libre et s'agitant en convulsions tragiques. Ce genre d'esthétique fortuite et embarrassante des mouvements de masse répandus sur les réseaux d'opinions. La raison de ma maison close, coupée du trafic. Une prison sèche sur la toile. JLG
 







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mercredi 30 avril 2014

ROMAN




© PHOTO JL GANTNER 2014

LE QUANTIQUE DES QUANTIQUES

UNE CENTAINE DE JOURS D'ÉCRITURE POUR ACCOUCHER D'UNE HISTOIRE À DORMIR DEBOUT. UN MACHIN PLEIN DE PAGES QU'IL NE RESTE PLUS QU'À RELIER DANS UNE COUTURE ADAPTÉE.

Un cadavre exquis et ses restes éparpillés sur la façade du centre d’aiguillages principal ! Ce désordre de dates superposées… entre une journée caniculaire du mois de juillet 2003 où un certain Jules Chaumont s’était pris les pieds dans les câbles du studio en croyant s’être emmêlé les bottes dans un enchevêtrement de racines naturelles… — Ce jour où une jeune Antigone avait retourné la tête d’un fonctionnaire du cadastre occupé à diriger l’ultime grande manœuvre de passage au numérique de son administration. Le résultat d’un bombardement d’électrons échappés du grand colisionneur (LHC). Cette tentative d’un mariage entre le ciel et l’enfer dans le mercure encore chaud du calendrier… — Cette date à jamais imprimée dans les astres, et ce laps de temps tragique d’exactement six heures et trente minutes qui nous était resté coincé en travers de la gorge à cause d’une brigade de salopards en manque de sensations fortes malgré le prestige de l’uniforme. Cette séquence arbitraire d’un vide total en forme d’un drôle de sentiment d’écœurement. Bref ! cette kyrielle de fourches caudines entrée en scène au pire moment et alors qu’on croyait avoir déjà pris quelques mauvais chemins ensemble dans la salle de montage. La trame d’un grand livre détraqué… Le plus maboul des livres, le plus insensé. Le plus inimaginable des inimaginés livres à l'heure de boucler ses valises pour un grand voyage annoncé.



Bon. Vivement la plage ! Le vieil océan sous le bleu du ciel. La plage et les petits marchands de sable à un prix exorbitant. Un sable cosmique pour jouer au con devant un public d'astronautes. Un sable sismique pour supporter toute la terre qui tremble sous nos pieds. Le projet d'une grande comédie des bord de mer, avec une rive bien en face de l'autre et une flotte de serre-joints qui les séparent sous la pression d'un corps lunaire. Un truc profond, et qui grouille d'un bestiaire de poissonnerie de supermarché. Enfin, bien le bonjour chez vous. Et attendez quand même que l'encre soit complètement sèche pour vous jeter chez le premier libraire venu. JLG


© PHOTOS JL GANTNER

vendredi 6 décembre 2013

MALLARMÉENNE DISSIDENCE

DE L’EXASPÉRATION DES APOTHÉOSES DANS LA MATIÈRE DES VIDE-ORDURES APPLIQUÉE À L’INFORMATION GÉNÉRALE, ET L’HEUREUX PRESSENTIMENT QU’UNE MÉLODIE PRIMITIVE OU QU’UN NOSTALGIQUE CRÉPUSCULE VIENDRA BIENTÔT TOUT ÉPURER SUR LE PORT EFFARÉ DE NOS CHERS ET VALEUREUX VAISSEAUX FANTÔMES.

Depuis deux jours, Lil Wayne tourne en boucle sur mon iTunes™ relié à un ampli Nad™ et deux enceintes Mordaunt-short™ taillées pour lui dans une tenace et obsessionnelle  manufacture anglaise. (« Godf bless America », « Mirror on the wall » avec Bruno Mars ou « Drop the world accompagné d’Eminem »...) Le tout arraché sur Youtube™ et converti en playlist low coast sur le disque dur de ma machine au lieu de perdre du temps à rendre visite à une paire de commerçants déjà ruinés depuis des lustres par l’industrie du nouvel âge. Un fond sonore caractérisé pour commencer de recoller toutes mes lignes d’écriture. Où disons carrément exhumer quelques centaines de pages d’obscures noircissures romanesques élaborées durant cette dernière décennie en marge d’un emploi spécialisé dans le rapportage de faits divers et leur propagation par toutes formes d’itinéraires électriques. Un rigoureux effort de remise à jour dans la perspective d’en poursuivre l’expérience métaphysique et peut-être tenter de la mener à terme si d’aventure j’en retrouvais le temps, l’énergie et pourquoi pas l’audace si j’osais ; le cran et la confiance pour me divertir de mon rôle dorénavant circonscrit, délimité à mon superficiel décor de plaines insipides. Loin, si loin de mes anciennes obsessions « mélodiques » aurait dit Rilke « Nous sommes au tout début, tu vois. Comme avant toute chose. Avec mille et un rêves derrière nous et sans acte. » L’ensemble d’une prose d’embastillement, laissée en l’état de multiples rapiècements dont j’ai pris la précaution de tout emballer dans du très solide papier kraft vergé brun (il en existe bien sûr aussi du blond et même d’hérétiques spécimens de couleurs fantaisistes). Le must de l’emballage éco-responsable, en attendant de retrouver le temps disais-je… et surtout la mécanique des véritables horizons ; la tactique, la méthode cinétique au lieu des blockhaus numériques qui nous servent dorénavant à nous retrouver, à nous identifier au milieu de ce vain cloaque d’agitation communicationnelle. 

AUTOPORTRAIT POST COMBAT © JL GANTNER

Pardonnez-moi ce discours de papeterie, alors que je suis tenaillé par l’objet du désir d’en découdre avec les ordres nouveaux et leurs gardes rapprochées. Je parle là de mon heureuse activité du moment, circonscrite à quelque repos médicalisé et administrativement prescrit après bientôt deux années de travail expérimental dans les glauques souterrains de notre prochain et futuriste avenir dématérialisé. Deux années comme passées dans un sinistre tube à essai numérique dans les ombres des proéminences géologiques jurassiennes où j’avais d’abord accepté avec flamme et entrain la tâche de préparer le changement, la mutation du monde sur le modèle requis par nos habiles et précieuses élites administratives responsables ; de tester et d’en éprouver le degré de température réel. Une vraie fournaise pour tout vous dire ! Un horizon… pieusement calciné avant même la rentrée du « révolutionnaire » module d’exploitation dans son atmosphère définitive. L’avant-goût d’un probable immense incendie entre nous. Une expérience dans la nature d’une étude pour l’introduction de la 3e dimension en peinture au Quattrocento. (Rien de moins !) Celle de la condamnation à mort du vieux monde gothique et des cérémonieuses matières dorées étalées sur les dévots retables d’églises… Mais pour cette sorte de mécènes actuels… drapés dans leur cape d’employeurs dont je fréquente assidument les talents : une banale mission, soumise à l’aveugle doctrine productiviste et parfaitement maquillée pour faire marner les marneurs de mon acabit. Un de ces officieux supplémentaires suppléments de service et sans rien retrancher de mon historique, analogique et incontestable emploi. L’ajout, l’addition d’une longue liste de tâches gouvernées par les agiles et véloces softwares introduits dans le système de production comme les scolytes s’insinuent dans quelques branches fanées les années de grande sécheresse avant de pulluler dans des forêts entières pendant des décennies. Du gigabits et du mégahertz pour planer des heures de jour comme de nuit devant l’astral écran bleuté. Le shoot intégral ! De l’HTML et de l’HTTP au lieu du RMR de Rainer Maria Rilke ou du LFC de Louis Ferdinand Céline. Un procédé acronymique de combines impérieuses et tyranniques fardées d’une poudre de merlin pinpin apte à faire rire les croyants, les pieux fidèles et les cohortes de bienheureux. Du langage de machines machinées dans un glossaire de morse abandonné sur sa calotte polaire en plein réchauffement planétaire. Un de ces vocabulaires où j’avais d’abord appris en incurable autodidacte, à orthographier la première lettre de mon nom comme il convient d’ânonner une référence sur un code barre de supermarché : « 01000111 » Une premier pas précisément chiffré, avant de comprendre que ça ne servait à rien ! qu’aucune guerre nucléaire ne m’obligeait à cette sorte de sécuritaire transcription dans nos échanges planétaires. 

« On verrait certainement apparaître alors une société de raison » écrivait Norman Mailer (l’écrivain officiel de la mission Apollo 11) à propos de l’avènement du monde informatique bien qu’encore balbutiant en 1969, « mais dont la raison serait la logique de l’ordinateur ».

Oui, tout avait commencé comme ça. Des mois de tâtonnements et d’errements solitaire sur un outil informatique en ligne standard et construit selon cette ancienne et tragique facture de l’amphigouri. Un outil d’intendance comme on choisirait les attributs d’une patate pour calculer la circonférence de la galaxie et sa masse selon le théorème de Kirchhoff. Cette sorte d’originalité ésotérique dont seul le vicié cerveau d’une gente programmeuse d’administration est capable d’en élaborer le douteux ferment. Pour finir, et selon le psychologique principe de ne jamais vouloir s’avouer vaincu, ou celui de l’orgueil du joueur de rubik’s cube débutant : oui, l’assurage d’un engrenage perfide. Celui de l’indémodable casse-tête chinois qu’il n’est plus question d’abandonner avant d’en avoir totalement cassé le code secret. À mon principal métier de rapporteur de chuintements et de bourdonnements divers, j’ai donc rajouté celui de beta-testeur d’ultramodernes solitudes et « révolutionnaires » ustensiles digitaux. Des « innovations » ou plutôt d’instables prémices infiniment capricieux. (Cet excentrique sentiment du pilote d’essai aéronautique embarqué sans le savoir dans un programme de déplacement subaquatique. Comme je vous le dis ! et sans avoir pris la précaution d’enfiler masque et tuba avant la plongée sous notre tectonique future Pangée de l’information illustrée…) Une nouvelle profession de foreur d’échos d’écrans et de dénicheur d’icônes pluripotentielles à soudoyer dans les interstices tactiles. La carrière promise d’excavateur à têtes multiples de mille petits métiers imbriqués dans la digne situation d’une sorte de cueilleur-coupeur comme on en trouve en bas de la chaine des métiers de la vigne ou dans les champs de coton. Un arsenal de mille nouvelles aptitudes à combiner, et pour le même prix déjà depuis longtemps soldé… (Colère et tonnerre d’indignations dans la salle !... Le juge martèle l’acajou incrusté de buis véritablement vieilli et patiné de son estrade pendant que le vert de rage employeur planqué derrière l’hermine de son avocat cherche à minimiser : « Vous auriez pu refuser, ou au moins mieux vous méfier ! installer des garde-fous, que sais-je encore ? Vous n’étiez en rien obligé, nous a t-on encore confirmé dans quelque instance dûment habilitée. On ne vous avait quand même pas mis le couteau sous la gorge mon p’tit bonhomme ! Reconnaissez en sus que vous avez même eu l’immense privilège de quelques jours spécifiquement dédiés à notre insatiable quête d’avenir au lieu d’être obligé d’encore trimer dans l’obligation de vos dérisoires et insignifiantes tâches réglementaires. Comme quelques-uns de vos semblables camarades d’affection n’ont pas réussi à s’y soustraire, eux ! Un avantageux avantage exclusivement affecté à votre maladive inclinaison du travail perfectionné et sans aucune défectuosité. Vous ne pouvez le nier ! ». « C’est juste. Oui, une délectable compensation… C’est tout à fait et indubitablement vrai madame le juge. J’avoue. Je confirme ces, disons quelques jours… de privilégiés et duveteux programmes disséminés sur le calendrier en compensation de ces longs mois de labeur altruistiquement prodigué à l’égard de ma chère et prestigieuse enseigne. Et j’avoue madame, votre honneur, notre fort vénérable arbitre en cette grave échéance… n’en vouloir à personne sur ce point de détail d’une juste arithmétique planifiée et promptement délivrée à l’adresse de ma boite aux lettres réservée. Mais plutôt sur l’aphasie de ces groupusculaires chefs de ruche, leur mutisme radical au moment du règlement de compte final. Oui, sur ce point bien sûr d’un mielleux comportement de couloirs dérobés, ou de borgne autoritarisme de principe, je leur en veux définitivement ».) 

(Allo cap com. Ici Apollo 11. Nous approchons de notre destination finale. La mer de la Tranquillité. Bien reçu Eagle. Ici à Huston tout est GO pour la procédure d’atterrissage. Bonne chance à vous...) 

Mais c’était sans compter sur la politique du grand flou, celle de la houle et du ressac dont j’avais moi même accepté l’angoissante émanation jusqu’à l’envie de gerber. 

« Si délirante que puisse paraître cette affirmation, a écrit Antonin Artaud… que la vie présente se maintient dans sa vieille atmosphère de stupre, d’anarchie, de désordre, de délire, de dérèglement, de folie chronique, d’inertie bourgeoise, d’anomalie psychique, de malhonnêteté voulue et d’insigne tartufferie, de mépris crasseux de tout ce qui montre race, de revendication d’un ordre tout entier basé sur l’accomplissement d’une primitive injustice, de crime organisé enfin. Ça va mal parce que la conscience malade a un intérêt capital à cette heure à ne pas sortir de sa maladie. C’est ainsi qu’une société tarée a inventé la psychiatrie pour se défendre des investigations de certaines lucidités supérieures dont les facultés de divination la gênaient. »

Artaud, Brecht, Dada, Flaubert, Rousseau ou Dostoïevski… Voilà donc, pour ce qui pourrait bien m’occuper l’esprit ces prochains mois après plusieurs semaines de célestes et littéraires Moix-issures à incuber (Ce Naissance, prix Renaudot 2013), et au lieu d’un investissement dérisoire en ces archaïques maréchaleries au moment même de leur inéluctable déchéance. La conséquence d’un mallarméen (que l’immense poète m‘excuse…) dispositif industriel d’enfonçage de portes ouvertes et de refroidissage de températures frigorifiques qui confine dorénavant à la torture. Je parle là de cette affichée villa Médicis de l’informé monde prochain, ou plutôt de son prétentieux pastiche, sa glutineuse caricature… convertie aujourd’hui en simple centre de tri sécurisé, je veux dire en cette sorte de moderne agrégateur de souplesses de bassin en tout genre comme on compte aussi mille versions identiques d’équilibres sur les mains arpentant les réseaux. Un ultime et fastidieux petit comptoir d’échange de potins et d’enivrantes salaceries au rang desquelles chaque nouveau numéro de ronds dans l’eau passe pour prétendre au Pulitzer. Du commérage et du ragot ; du bruit à l’infini ressassé/remâché. De la parolerie de conserverie, mais qui par ailleurs et pour ma part (car je tiens à vous parler vrai et véritable, marqué du sceau de l’honnêteté honnête, loyale, juste et intègre) me rémunère fort convenablement dans la perspective sûrement, d’éviter tout commerce revendicatif à l’égard de ses foutaiseuses foutaises. C’est d’ailleurs là tout le quantique dilemme. Un bon salaire pour ne pas en foutre une rame pour quiconque voudrait pagayer dans cette direction d’une eau tranquille et infinie ! (Je veux dire d’un point de vue strictement cérébral). Dans l’ineffable tradition d’une administration parfaitement rompue à l’exercice de la prestidigitation pour ce qui concerne les techniques de camouflage en zone marécageuse. (Et notez bien sur la piste aux étoiles du grand cirque que voilà, ces quelques champions hors catégories ! quelquefois même récompensés, augmentés et infailliblement promus par le fait de cette part oblique dans le gouteux gâteau de ménage à partager entre nous… Une plèbe magicienne et sa garde houdinienne, les mains toujours occupées, mais si bien cachées derrière leur chapeau de zozo.) « Mallarméen » je vous dis, et pour éviter à Kafka de s’user ce qu’il lui reste de ses semelles de crêpe avant la chandeleur. 

Cet appointement sûr et assuré en contrepartie d’accepter ce nouveau cap, glaçant, d’une besogne journalière circonscrite à d’insignifiantes péripéties personnelles et aux seuls petits malheurs de quartiers. De la tôle froissée et de la cendre d’incendie sur fond de rabâchage météorologique permanent. Cette politique climatique d’abattage privant les nouveaux radeaux et autres youyous de l’info du moindre outil de réflexion. Cette clabauderie consternante et obscène au lieu de claires, vérifiées et pertinentes ciselures, cette pieuse cancannerie déversée quotidiennement et 365 jours par an au téléspectateur/public/client/consommateur, encouragée sur fond de puériles, mercantiles et hypocrites discussions à la timonerie des rafiots rédactionnels… Une torture, oui… Un immense gâchis. Cette formidable et passionnante profession de reporter dont je vous parle si vous écoutez bien ! Aujourd’hui le métier le plus détesté des français juste derrière celui « d’homme » politique... (s’il fallait rapporter la moindre preuve de ce que je livre ici). Cette inexorable régression. Cette descente dans les limbes censée s’accorder aux souhaits, aux nouvelles exigences des masses massicotées, découpées en tranches, saucissonnées en critères d’audiences passagères. Un grand trafic d’équarisseur. Un véreux laboratoire de charcuterie pour espérer remporter une médaille à la foire, foireuse de l’infox… Une indicible désillusion pour qui eut en toute conscience, choisi l’itinéraire d’une certaine idée du service public de l’information au lieu du lissé terrain des généreux axiomes commerciaux. Ce journalisme là dont je vous cause, et pour que l’on s’entende bien tous ensemble et une fois pour toutes sur le sujet de ce vieux commerce usé jusqu’à la corde ! Cette activité dorénavant cantonnée au rôle de second pâtissier spécialisé dans la praline bon marché et le travail du beurre rance que nous pratiquons désormais dans des buts détournés de leurs vétérans loyaux principes, et gargarisés de futilités/frivolités/niaiseries/bonbons Haribo™, tête à Toto, et fraises Tagada™ tsoin tsoin… ne souffre d’aucune manière de ce poids… de cette gravité essentielle qu’on prêtât au métier en d’autres cercles et dont j’eusse entendu qu’il eut un jour assuré l’équilibre de la société dans la pluralité de la pensée, celle des opinions, du prix du pain et de la quantité d’huile dans les boites de sardines. Cette exigeante responsabilité de la profession réputée apte à garantir le socle, l’échafaudage démocratique sur lequel toute la libre société repose si fragilement. (« Tout de suite les grands mots : La démocratie, la justice sociale, je ne sais quelle forme équitable de société plus noble encore ? Vous voyez bien madame le juge ! Vous voyez bien que l’on ne s’était pas trompé sur le compte de cet agité élucubrateur de brasserie ! Mais qu’il continue donc. Qu’il poursuive son socialiste point de vue, sa camusienne, sa jaurésiste, républicaine et idéaliste démarche jusqu’au bout. Allez-y ! continuez mon petit gars… De toute façon personne ne vous écoute plus depuis longtemps. Tout à été fait, élaboré ; consciencieusement façonné, technologiquement inventé et fabriqué à cet effet que vous finiriez forcément, inéluctablement un jour par parler dans le vide, par parler dans le tonitruant bruit exprès confectionné par nos soins, ceux de nos experts d’abrutissants sons télévisuels pour vous empêcher de nous hurler votre sempiternel vacarme intellectuelistique dans les oreilles. Vous voyez, monsieur le talentueuxissime et vantardisé reporter de terrain gras et visqueux, empli de boue boueuse lorsqu’il pleut dru sous vos pompes déjà toutes crottées… que nous savons bien rire nous aussi des différentes formes de glèbe qui vous ralentissent les yeux lorsqu’on vous demande d’accélérer la cadence devant votre moderne et extrêmement rentable écran à vos dépends. ») 

Et que vouliez-vous alors que je répondisse face à ce genre de pompesque, bousineuse et crottesque accusation ?!... A l’histoire qu’il serait quelquefois bon de se remémorer lorsque le temps le permet ; la poésie dont nous devrions prendre la précaution de gaver nos obséquieux tourments, ou à toute autre action de bon goût et de noble nature destinée à maintenir à flot l’élévation du monde dans son espace étoilé si beau, si profondément profond… (« Fill your heart » chantait Bowie à l’époque d’Hunky Dory, il y a bientôt 50 ans) : continuons donc de préférer les excitations de pelouses et les vociférations butatoires sur nos écrans larges ! le triturage larvaire d’idées molles et insipides ; ces tristes exercices de basses opinions fianteusement répandues sur les flux. Oui, voilà. Liquidons tout. Les ombres claires et la sombre lumière avec ! Liquidons le jour et toute la nuit comprise dedans. Liquidons nous, le ciel et la terre avec nous, pour que tout finisse enfin, des incessants combats à livrer dont l’issue est d'ores et déjà écrite dans le sens qu’il convient généralement au règlement. (mallarméen et schopenhauerien… Oui madame l’officier de la magistrature. Comme je vous le dis que j’lai entendu, vu et reçu dans la gueule de plein fouet un de ces jours de jugement dernier d’un grand chapitre clos de ma vie d’essayeur de nouveautés nouvelles. La vérité vraie madame le casuiste, et comme je vous vois aujourd’hui en cette heure où je ressasse encore la vilainie de mon entière erreur, mon étourderie mauvaise et mal attentionnée, mon indécrottable fourvoiement dans le pêché capital. Pardon, oh mille fois pardon. Sachez oui, que je m’en veux encore terriblement et qu’il m’inquiétera de sans cesse tenter de me racheter auprès de mes princes, mes bons princes, mes seigneurs bien aimés et ultimement vénérés, mes patrons, mes maîtres, mes propriétaires… Pardonnez-moi oh, oui, s’il vous sied encore quelque peu de m’épargner les éternels tourments du monde invisible et blafard qui m’attend derrière la porte de cette chambre des confusions. Oui, pardonnez moi mon tout puissant, mon saint des saints en Jéhovah et Allah confondus… pardonnez moi mes abominables et dévergondés péchés d’amour propre et parfaitement lessivés.) Mais c'est juste encore un hiver à passer. Quelques mois à se traîner sur des restes d'été avant le retour des premiers tressautements d’enfin respirables nouvelles brûlances hétéroclites entre nous. Sincèrement à vous qui me lirez. Vous assurant de mon désintéressé dévouement dans la matière des nobles causes et des ambrées poésies rectifiées sur l’écran.
NÉON™

jeudi 7 novembre 2013

« ET AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE »


Je crois que j’écoutais Imogen Heap « Have you got it in you ». La Loue (la rivière) avait retrouvé son calme après ce début de mois d'octobre très encombré médiatiquement. Cet épisode de quelques maux de ventre remontés au 20h, comme un coup de vent sur les cotes de la manche fait ces jours ci la une des gazettes nationales…  Ce « nouveau » journalisme !... Cette course effrénée à l’audience plutôt que cette forme de réflexion apparemment périmée sur les réseaux.  

Comme s’il fallait, sans distinction de nos disciplines respectives de l’écrit de l’image ou du son… et tous, impérativement concourir dans la même catégorie des inévitables « agrégateurs » de contenus ; celle encore, d’une communauté au bec prolixe et toujours plus frénétique des producteurs des petites phrases omniscientes et plénipotentiaires… Ce journalisme là —simples mécaniciens— contingenté par les compteurs de pages vues ou d’une addition de liens sponsorisés… Où la stratégie des mots clés circonscrivent l’information selon un mode de tri sélectif propre aux pires instruments de recyclage. (Une activité d’éboueurs où certains se payent même le droit de privatiser des occurrences censées faire mouche au milieu du dépotoir planétaire des moteurs de recherche, et comme on dope ailleurs des sportifs pour être certain d’emporter le pactole… Le fric. Toujours le fric !)  Un journalisme autiste et autocentré ; « pornographique » aurait dit Godard. (Pas le commentateur de France Télévision spécialisé dans le cyclisme d’il y a au moins deux guerres, mais le cinéaste du Mépris bien sûr ! « Le » fondateur du cinéma moderne, aujourd’hui planqué en Suisse par peur du rétrécissement des flux culturels intelligibles dans la corporation audiovisuelle restée coincée de l’autre côté de la frontière.)

PHOTO © JL GANTNER



« La pornographie », disait JL Godard dans les années où Eddy Merckx se préparait à enfiler le beau maillot Molteni… « c’est s’agiter, faire du bruit, pour attirer l’attention, là où il ne se passe rien. Montrer qu’on existe, même si l’on a rien à dire… ». Cette ultime forme de démocratie libérale saupoudrée de sucre Candy, augmentée d’un droit libertaire jusqu’au-boutiste et déraciné. Ce journalisme avant-gardiste de prédicateurs post-terrain, au lieu du métier de reporter le cul dans le train filant entre deux gares comme Londres revenait de Reims en septembre 14 pour témoigner des horreurs causées par l’ennemi allemand sur la cathédrale en ruine. Le premier papier du plus grand des grands reporters qui ait vécu. C’était il y a un siècle. Mille ans en fait ! L’arrière grand oncle d’une nouvelle forme d’information entièrement désincarnée, dont la compromission augmente à la vitesse de sa dématérialisation. (Ce Londres du « juif errant », des « pêcheurs de perles » ou « des forçats de la route », le précieux témoin du « bagne » surtout ! dont le grand journaliste aura largement contribué à forger la mauvaise réputation au point d’enfin voir « Cayenne » disparaitre de notre législation. Ce Londres de terrain et de convictions, dont il faudrait obstinément essayer de se rappeler la mémoire et l’œuvre pour notre plus grand bien à tous, aurait j’en suis sûr, oui, vraiment et définitivement détesté…) L’information de notre époque à nous puisqu’il faut bien vivre avec son temps… ou cette courte prose fragmentaire et météorologique resasseuse de « truismes ». (Retrouvant juste à l’instant dans ma pile de bouquins favoris cette si sensuelle « porcherie » littéraire élaborée par Marie Darrieussecq selon la méthode des « Métamorphoses » du très regretté Kafka…). La fin d’un monde palpable coincé dans un aléa d’étoiles lointaines où l’on disposait encore du principe poétique de se causer les yeux dans les yeux sans souffrir d’un envahissement d’ondes périphériques bruyantes et d’une somme de turbulences qui vont avec. La fin d’un monde sensible et tangible dans les mains, comme ces journaux au parfum rugueux d’offset ou ce papier vélin… remplacés par cette agrégation d’entreprises commerciales compileuses de données binaires comme « des ivrognes en excursion » disait Joyce. « Dégobillant par dessus bord pour donner à manger aux poissons. Nauséeux » Une presse de compression (car rendons à César ce qui lui appartient…) Abrégée, réduite, raccourcie, amoindrie… Une presse sans hommes, sans femmes, sans poissons, sans métaphysique, sans odeur, sans gout sans rien ! La fin d’une presse de rue, à ne pas confondre avec une certaine presse de caniveau, mais plutôt dans le sens où Banksy faisait lui du Street’art... les yeux braqués à hauteur des gens. Et puisque c’est en ce moment la Fiac à paris, et qu’il faut bien rester dans l’actualité trépignante sous peine d’obsolescence immédiate de mon mur Facebook un peu en panne ces temps ci, j’en conviens. Du reportage in situ répudié par des rédactions standardisées et dorénavant contraintes à l’effrayant exercice quotidien du soliloque. (Encore une école d’art, mais rappelant celle d’un certain onanisme intellectuel. Un procédé d’auto contraception d’idées neuves pour être bien sûr de laisser la place aux anciennes). Un procédé de vieux sanatorium toussoteux ou de perruque poudrée. Rien que du révolu. Un machin mort de chez mort qu’on essaye pourtant de nous faire passer pour une « révolution ». Plus de papier, plus de mains plus d’yeux, plus rien !... Le goût du néant. « Nauséeux » et braillard. Le commerce d’un mortel ennui programmé sur nos écrans connectés au vide sidéral. Mais Johny s’était barré à temps. John venait d’accumuler quelques 30 bornes le nez dans le guidon sans penser une seule fois à cette terre nouvelle en forme de courge ogéèmisée. Le nouveau paradis des coloquintes transformées en potimarrons comestibles, comme on fait aussi pousser des hamburgers aux branches et des lasagnes sous les sabots des chevaux. C’est quand même chouette la télé non ?!

PHOTO © JL GANTNER

La route de Mouthier-Haute-Pierre en passant par Ornans et Lods juste après Vuillafans. Une trajectoire sélective surgissant d’un glissement de doigts sur une partoche de Brahms. L’indigestion de caméras passée, ce furent plutôt les parfums de noix et de pommes gâtées qui saturèrent l’asphalte à l’heure du changement d’heure obligatoire. Ouais c’est ça, passe moi dont l’heure à laquelle on évitera les embouteillages ce soir en rentrant de la foire ! Mais putain ! Qu’est-ce que je fous dans ce décor de merde ?! Et la musique qui s’arrête alors qu’on avait à peine commencé de se rappeler les paroles : « Have you got it in you ». Johny s’était dit qu’il en aurait bien besoin ! L’âge peut-être ? Le sentiment de s’éventer, de se « dégobiller »… L’obsolescence, la date de péremption sur le papier d’emballage. Je repris alors mon guidon par les cornes pour une grande opération de dézinguage d’idées à la con, dans l’alignement d’une paire de nuages déguisés en prêtres statistiques ou en montres suisses déglinguées. Une conduite d’ivrogne pour faire chier les bagnoles en stress, droit vers la porte d’entrée du couvent d’air post-ADSL. Une conduite d’ecclésiastique, sans soutane, sans capote (sans Truman), sans GPS, sans portable, sans Twitter, sans Facebook, sans Wifi, sans rien ! Pauvre homme !

PHOTO © JL GANTNER

L’insolente nudité des fleurs devant l’amertume des revêtements antidérapants. Une scène de cul par dessus la Loue. Ma Marylou en tenue de dévergondage intégral, tout fard allumé sur ses paupières mi-closes. Marylou en forme de ligne discontinue sous son marteau piqueur corrodé. Du bitume jusqu’aux genoux. Des tas d’éclats de vie qui défilent de chaque côté de la route au lieu d’une télé d’administration. Bon ! Et heureusement que Tony n’avait pas lu Beckett ce jour là, si vous imaginez le boulot. Molloy de Beckett, Soupault ou Artaud… De quoi se pendre avec le fil de flotte tendu dans le talweg comme une corde qui nous enlace, Johny, Tony, Marylou et moi depuis des kilomètres. Une sacrée bande de coureurs cyclistes… amoureux des vadrouilles entre potes comme des voyages solitaires dans la campagne franco-suisse. Une bande d’éclectiques, le maillot ouvert aux quatre vents, filant à toute allure dans le lit de la rivière au rythme effréné des matières composites.

Je réécoutais un vieux Radiohead que j’avais fini par oublier à force de l’avoir trop entendu. « A woolf at the door », puis « Weird Fishes/Arpeggi aka Arpegg » (imprononçable) sur l’album « In Rainbow » (en téléchargement gratuit à l’époque de sa sortie / 2007). Le genre de titre hallucinant braqué dans la direction des vents d’ouest pour essayer de ralentir l’allure dans la montée des roches. Ouais… « On marche à la dynamite mon pote ! » disait un des frangins Pélissier au café de la gare de Coutance au départ du Tour de France 1924. Et qu’est-ce que ça peut bien leur foutre, à toute cette bande de cul-bénis, cette foule de bénis-oui-oui meuglant leur belle morale de compétition avec tous ces journaux propres sur eux ?! Une montée en surdose d’adrénaline. Le grand shoot ! Tout plutôt que rester là à crever comme un con.

PHOTO © JL GANTNER

Johnny était passé devant, comme à son habitude lorsque tout se relevait, la route et les emmerdes. Un truc de son enfance. Une manière qu’il avait prise déjà très jeune à force de se prendre un tas de trucs dans la gueule en faisant mine de ne pas encore comprendre les jolis principes de la nature humaine. Le truc d’une compensation un peu crue à trouver sur les pédales, mais qui trouvait rapidement sa justification au sommet des cols les plus rudes et sur les lignes d’arrivées des courses les plus prestigieuses. Tony n’avait pas pu suivre, d’abord collé à la roue du grimpeur et la langue pendante sur le porte bagage de son partenaire de galère. Marylou, elle, avait préféré coucher son clou au pied de la bosse et faucher les pâquerettes pour en faire des bouquets pour sa mère. Le beau bouquet de Marylou dans la vallée de la Loue, pendant que le soleil brillait dans les roues toutes cramées de son marlou. Qu’est-ce qu’on avait pu se marrer ! Toutes les conneries qu’on s’était racontées. « Oh Mary, si tu savais !… »

Après ça, il a fallu redescendre. Marylou en bas et nous en haut. John, Tony et moi à tombeau ouvert dans la pente descendante, pendant que Mary avait finalement décidé de se payer une séance de dénivelés toute seule la fleur au guidon. On avait retrouvé le reste du bouquet qui flottait à la surface de l’eau avec un petit mot pour sa mère : « T’auras vraiment été nulle jusqu’au bout. En commençant par me donner ce nom à la con dont un tas de gars plus ou moins déjantés s’en étaient déjà fait des tubes et des best-sellers. Marylou. Tu parles ! Des âneries de littérature beatnik ou des chansons périmées à la radio… Marylou par ci, Marylou, la pauvre fille… Marylou sous la neige et que sais-je ?… Marre d’être la Mary-chaussée de tout le monde. Je suis venu te dire que je m’en vais car tu m’en a trop fait !… » La gosse avait tout plaqué comme ça. Son nom qui en disait long sur « la joie blonde, avec ses longues boucles de cheveux pareilles à des vagues d’or… » ; son nom, ses cheveux, son bouquet, et ses potes pour partir pédaler toute seule jusqu’à la fin de l’été. Un putain de trou noir sur l’asphalte. Ouhhh ! Où es tu ma Loue ?!… le reste de la bande avait gueulé son nom pendant des heures sans succès. La plus grande séance de rappels de sa carrière, mais Marylou n’était pas redescendue. Une artiste pop-rock. Une des plus douée de sa génération. Dégommée aux cyanobactéries dans la montée de Haute-Pierre. Des jours plus tard, Tony continuait de hurler à la mort sur un morceau « sans titre » de Sigur Rós. Sa belle machine accrochée au parapet d’un balcon touristique sur les hauteurs d’une rivière dont le nom et la réputation avait d’abord fait le tour du monde avant de plonger dans les nimbes d’un tas de rapports administratifs et de consultations publiques censés protéger son lit d’un tas de saloperies qui empêchent dorénavant les ombres et les truites de reprendre leur souffle dans la lessive, le purin et la matière plastique. « Oh ma Loue, oh ma Loue, Oh ma terrible Loue… »

L’automne était passé à se fader du Gainsbourg en boucle ;  et puis l’hiver… D’abord quinze jours de coupure complète pour tenter de se nettoyer le gouvernail, les voiles, l’ancre et la chaine. Le grand décrassage annuel du moyeu jusqu’aux pneus. Les premières heures d’une longue errance hivernale à venir. 15 jours et 15 nuits à se faire chier devant la télé connectée à tout un tas de programmes débiles avant d’obtenir le feu vert de son entraineur pour renfiler le maillot. Johnny avait aussi profité de son temps de recharge pour se replonger dans la lecture de cette grande expérience radicale de la contre culture américaine des années 50. Cette prose là… où dans l’écriture souffreteuse, hypocondriaque et arthritique de quelques auteurs français du début du siècle dernier qui passaient encore aujourd’hui pour la substantifique moelle de notre identité nationale. Pour comparer. Pour mesurer une bonne fois pour toutes de quelle manière ce foutu pays avait commencé de sévèrement pédalé dans la semoule depuis au moins… Pollock, Rauschenberg, Jasper Johns ou Lichtenstein en peinture et Bernard Hinault pour ce qui est du cyclisme… « Bon, t’accélères ou bien t’attends qu’on te pousse ?! » avait lancé le nouveau coéquipier de Johnny l’asphalte… Un certain Dean, ou Neal quelque chose, enfin je ne me souviens plus exactement… « Ho ! Tu vas tchatcher barbouillage et poésie toute la sortie, ou bien tu penses aussi réfléchir un jour à te mettre dans le rythme pour éviter qu’on nous prenne définitivement pour des cyclotouristes ?! ». JL Gantner

jeudi 24 octobre 2013

QUARANTE NEUF...

Oui, oh, ça va !!! D'ailleurs si vous comptez bien : concédez-moi au moins encore ces 12 mois de sursis qu'il me reste avant d'en passer par la trappe du demi siècle de souvenirs torrides entre nous.

©JL GANTNER 2013



jeudi 10 octobre 2013

LES RED LEMONS / LE CLIP

Chose promise, chose due... Voici donc... Prêt à foncer à travers les milliards d'écrans du monde libre et civilisé de la terre entière et du ciel un peu déglingué qui va avec ! : Le "fameux" clip des "Red Lemons". (Un film de Lili Gantner). 

Les citrons rouges débarqués un jour d'été 2013 sur une plage d'Étretat en Normandie, pour se retrouver couverts de poudre de perlimpinpin de la tête aux pieds. En même temps, c'est aussi la classe de voir qu'on peut se repoudrer le nez et les yeux jusqu'aux deux oreilles sans être forcément obligé d'éternuer pendant tout le clip !  JLG 




samedi 17 août 2013

3 JOURS DE MONTAGE AVEC LILI™

3 jours de montage. Ou plutôt, 45 heures de boulot en 3 jours. Pour dire l'intensité du programme de vacances ! Le salon réaménagé en studio de post-production, et une machine à café au bord de l'asphyxie...

Comme d'habitude, sans sucre le café, mais avec beaucoup de flotte et un peu de lait. Un café américain quoi ! Même si c'est pas bon pour les vieux le lait, oui ça va...
Lili™ au petit soin pour son papa carrément content de partager ce jeu de construction pictural avec sa môme comme ils se l'étaient promis. 3 jours de boulot sans décoincer des écrans. Le temps aussi de rattraper des heures de conversations essentielles à propos du monde qui nous entoure et de toutes les drôles d'idées qu'on peut s'en faire.


 LILI + JL GANTNER PENDANT LE MONTAGE
  
Juste pour planter le décor d'une séance de travail destinée à mettre en forme le film d'un morceau de musique joué sur des falaises normandes devant la caméra de Lili™. La caméra, un appareil photo ou son téléphone portable... comme bientôt une assiette plate, un trombone à coulisse ou une clé à sardines auront aussi bientôt la possibilité toute naturelle de faire des films, ou comme les marchands de Tupperware vendront aussi des contrats d'assurance, et votre banque des crampons douze pointes pour accompagner leur ligne de meubles d'extérieur...

ART WORK © LILI + JL GANTNER 2013

Bref, je vous raconte pas la tête d'Henri Verneuil obligé de tourner son "Mouton à cinq pattes" sur son iPhone 5 au lieu d'une équipe dévouée, mais quand même un peu encombrante de "cent dix huit mille" techniciens de l'image et du son qu'il faut tous inscrire au générique ! Et alors oui, bon, bien sûr ! Tous ces gens aujourd'hui au chômage déjà que c'est déjà pas facile de trouver du boulot et que c'est vraiment pas prêt de vouloir s'arranger... Vous voyez où tout ça nous emmène. Un monde où même les chinois finiront par se faire piquer leur taf par des imprimantes 3D. Un monde où on se demande bien ce que les gens pourront foutre au lieu de bosser toute leur vie comme des cons pour élever leurs mioches, les trimballer dans les supermarchés avant de les poser devant la télé le reste de la journée, et payer leur facture d'Internet pour être sûr de continuer de capter toutes les chaines de foot en répondant au téléphone en même temps. Heu... si tu pouvais me retrouver le time code de l'image de la mouette qui vole au dessus des vagues juste au moment où le soleil se couche.

ART WORK © LILI + JL GANTNER 2013

Un monde sans boulot, sans thunes, sans télé, sans téléphone,  sans foot, sans rien !... Une sorte d'idéal hédoniste en quelque sorte.  Ok je l'ai. Qoui ? La mouette, je l'ai retrouvée. Ce qui sur le plan philosophique relève d'abord d'une contradiction élémentaire. L'idéal hédoniste. On ne fait pas toujours bien attention à tout ce qu'on dit ! où c'est parce qu'on fait toujours trop de choses en même temps. Puisque tout le monde sait que l'idéalisme (merci Platon) est en tout point l'opposé de cette école de pensée matérialiste au moins aussi vieille que la première. L'hédonisme. Tiens, pourquoi pas puisqu'on est encore en vacances... Rien que des gens qui se causeraient de tout et de rien comme il leur serait agréable de le faire autour d'une table d'un bistrot de leur choix en écoutant un bon morceau de rock et en bouffant des moules avant d'aller se recoucher (Enfin si ça les chante !) Ok, les moules à force ça pourrait aussi être un p'tit peu lassant, alors on changerait des fois pour un dos de cabillaud béarnaise ou un chou farci.

 
ART WORK © LILI + JL GANTNER 2013
 

On boirait aussi de la bière, mais pas trop pour pas gerber les moules farcies à la béarnaise tout de suite. Pis on mettrait du vin sur la table pour ceux qui n'aiment pas du tout la bière surtout quand elle est chaude. Du rosé, d'accord, comme vous voudrez ! Mais alors sans sulfite parce qu'au bout de 2 verres ça plombe aussi la tête après avoir déjà fait des trous dans l'estomac. Comme je vous le dit ! (Selon l'INSEE, plus d'un million de français seraient en surdose de souffre à cause du fameux Côte de Provence qu'on s'enfile l'été par cubis pour accompagner les merguez et les chipolatas bourrées elles aussi de saloperies industrielles...) Mais faut bien faire un p'tit peu travailler le commerce ! Ceux qui continuent de bosser pendant que les autres picolent. Tu ne trouves pas que l'image est fade et qu'ils ont l'air un peu de ne pas savoir où ils vont pendant ce traveling ? Et si on rajoutait un peu de couleur sur le sable ? Un truc bien saturé de bleu et d'ocre, et alors les gars marcheraient dedans l'un après l'autre avant de jouer à s'en coller plein la figure pendant le refrain. Je r'veux bien un peu de café. Oui, ou du rosé si c'est l'heure, mais alors avec des Monaco™.

ART WORK © LILI + JL GANTNER 2013

Hédoniste je vous disais ! C'est à dire d'abord épicurien dans le sens premier du terme, sans souci d'aucuns plaisirs inutiles à engranger au sein de la pire compétition au bonheur moderne qu'il soit. Pas de télé pour se faire chier des soirées entières devant des conneries, pas de bagnole pour éviter de croiser trop de monde qu'on ne connait pas sur la route et qu'on a vraiment pas envie de connaître vu le genre de caisse de looser qu'ils se trimballent, ni d'ordinateur connecté aux millions d'étalages mondialisés pour obtenir tout tout de suite même si on aurait dû attendre un peu pour savoir si on avait vraiment absolument besoin de tout ce fourbi maintenant alors que l'appart est déjà rempli de trucs dont on ne sait déjà plus quoi foutre. Hédoniste, dans le sens de toute une vie qu'on passerait à se la choisir vraiment, plutôt qu'un idéal préfabriqué après lequel tout le monde coure sans cesse pour s'apercevoir à la fin qu'on s'est complètement gouré de chemin de croix, mais pour se taper la visite du même calvaire quand même ! Bref ! Et le gros plan du chanteur... je le mets avant ou après le plan large des falaise ? Dieu qu'on avait pourtant cru mort et enterré dès le 19e siècle du côté de Leipzig, et qui revient encore nous casser les couilles selon ce bon vieux concept indémodable de trouver inconcevable que "rien soit à l'origine de tout !" Bein ouais, mais c'est bien sûr !... Et plutôt que "rien", va donc pour "Dieu" alors ! De la rhétorique pratique ?! Un vrai truc de journaliste. Un de ces vieux sophismes usés jusqu'à la culotte d'un présentateur de télévision ! Dieu... comme manière de vivre pour vivre toute une vie sans la ramener en se contentant de ce qu'on a et sans oublier de faire la bise à tout un tas de cons qu'on peut pas voir en peinture, etc... Tu parles d'une connerie ! Ce truc d'une constriction névrotique de ses propres mœurs naturels, dans le seul but de plaire à un ectoplasme débarqué d'on ne sait quelles nimbes et sans aucun fondement logique. Où l'absurde condition de toute une civilisation soit disant"éclairée", qui par arrangement chrétien, a toujours préféré se complaire dans la servitude, la souffrance et la contrainte, au cas où des fois, on ne sait jamais !... Apprenez donc en baver comme on vous le demande et continuez de bien la boucler si vous espérer voir un jour le Paradis éternel... Quand à moi, je vous laisse ma place. Celle là et toutes les autres du même acabit.  Allez-y m'ssieurs dames... Une bonne place au dernière étage avec vue sur la mer et entièrement gratuite.  Pour ma part, mon p'tit paradis, j'le trimballe toujours avec moi et partout où j'me trouve.  Un jardin d’Éden en forme de trucs à prendre comme ils viennent chaque jour qui passe au lieu d'attendre qu'un censeur officiel ne finisse par choisir ou non de m'filer tout le paquet d'un coup au moment où j'en aurais définitivement plus b'soin. Des p'tits morceaux de paradis comme ces quelques heures passées à gamberger avec Lili™ devant ses jolies images de ciel remplis de mouettes et de musiciens. En tout cas, elle est super belle la mer là, avec cette couleur là ! On dirait un tableau de Monet. les nénuphars de Claude Monet dans un clip des "Red lemons"... Trop la classe non ?!

 ART WORK © LILI + JL GANTNER 2013

Avec tout ça, j'ai perdu le fil de ce que j'avais commencé de vous dire... Oui, un film voilà. Un clip de 3 minutes monté en 3 jours sans voir la plage et sans que personne ne nous ait obligé de rien. Juste ce qu'on s'était promis Lili™ et moi, de passer un peu de temps ensemble les mains dans le cambouis d'un de ces projets importants du moment. Les tribulations d'un groupe de rock sur les plages de Normandie, pour accompagner la sortie du titre phare de leur dernier album.  Un groupe de rock, des paysages maritimes et de la couleur partout. De quoi s'amuser quelques jours sans trop bien savoir exactement où tout ça nous conduirait. L'épicurisme, l'hédonisme, L'impressionnisme... entre le café et le rosé. Pour le clip, promis, Néon vous le met en ligne dès sa sortie officielle. JLG



mercredi 14 août 2013

LE VENTOUX SOUS "L'ASSOMMOIR"

Tout ça "ne promettait pas beaucoup de bonheur" avait écrit Zola, alors que son "Assommoir" aurait pu parfaitement convenir à la situation d'un ouvrier du dérailleur, ferraillant avec sa machine par au moins 40° à l'ombre pour escalader les flancs du géant dans la fournaise... 

La dernière déclivité conséquente cochée sur mon programme de la semaine, après une remontée du modeste col de Vence où j'avais par hasard, croisé les gens de la Sky et pris leur train pour quelques mètres à m'imaginer appartenir au gotha du cyclisme mondial. Oui, bon, ça va !!! Je me prends pour qui je veux et même pour Chris Froome si ça me chante... Chris Froome, Carl Lewis, le dernier album de Daft Punk ou même les Beatles si ça me fait plaisir !...


Une visite des promontoires un peu bêcheurs de la côte d'Azur après ceux plus raboteux des Alpes occidentales, avant d'en terminer sur cet impitoyable mont Ventoux dont je connaissais déjà le joli programme de réjouissances pour l'avoir expérimenté une première fois sur le même versant depuis Bedoin en juillet 2009.



Une ascension de 1500m de dénivelé positif, improvisée dans le brasier provençal au pire moment de cette journée caniculaire de juillet. Un véritable assommoir, oui ! Une montée dans le cagnard d'une heure et près de quarante cinq minutes, pour égrainer les 21 km sur une sorte de chapelet infernal composé de bornes kilométriques mesurant plutôt le nombre de mouvements de brasse coulée depuis Saint-Estève, pour atteindre complètement "noyé" le virage du Chalet Reynard. le seul vrai replat (quelques mètres seulement...) avant d'entrer dans le vif du sujet, la nef de la cathédrale provençale du cyclisme. Cette rampe d'asphalte tracée dans la caillasse blanchie par le soleil et la tempête depuis des lustres. Un martyr de 8 km encore à près de 2000m d'altitude... Un supplice largement consentie, vous me direz... Car, allez ! Rien ni personne n''a jamais obligé quiconque à se jeter dans ce chaudron torride de la dépense inhumaine, pendant qu'un peu plus bas, l'ombre des platanes nous tendent les bras sur une terrasse de café où la limonade glacée coule à flot. Mais, comme on le sait en philosophie, il faut bien des personnages "conceptuels" pour garantir le show et servir de porte-parole à la folle et si peu compréhensible condition de l'homme sur terre. 



J'en étais là de ma réflexion sur la douleur "expiatoire" ou "rédemptrice" (comme disent les bons chrétiens) confrontée à l'envie passionnée d'ouvrir quelques nouvelles portes secrètes d'une métaphysique triturée dans l'effort de 90 coups de pédales par minute sur une pente moyenne à 10% et sous un soleil de plomb. Une spéculation ontologique à partir d'un coup d'assommoir derrière les oreilles "librement consenti"—je vous le concède donc— pour explorer la couleur de nos limites intérieures et vérifier l'équilibre précaire de nos amours souterraines. D'une pensée à une autre, il me vint aussi à l'esprit ces paroles d'Exsonvaldes écrites pour un "aérotrain" : "Dans ce monde... Lentement, je prends de la hauteur... Lentement... Prendre la fuite et fendre l'air..." Bon, c'est pas tout ça, mais après il faut encore redescendre. Le même machin mais dans le sens inverse et à fond de train, parce qu'on ne va pas non plus y passer son été ! Et bonjour à Robert si tu le croises en rentrant.
JL Gantner

© JL GANTNER 2013



mardi 13 août 2013

LA ROUTE DE "L'ALPE" AVEC ZARATHOUSTRA QU'ON AURAIT MIEUX DÛ ÉCOUTER AVANT DE TOUT DÉPENSER DANS UNE BOUTIQUE DE FRINGUES À LA MODE...

La montée de l'Alpe en 55 minutes... au lieu d'un peu plus de 37 pour Marco Pantani en 1995, ou 38 minutes tout juste pour Lance Armtrong en 2001. (Pantani qui lors de ce tour de France 1995 dépose littéralement Virenque et Jalabert à une dizaines de kilomètres de l'arrivée avant d'exploser le record de l'ascension à une moyenne inimaginable de 466 watts !...) Virenque, de retour en 1997 en 38 minutes et 11 secondes...  

On pourrait ainsi continuer la liste des aberrations chronométriques enregistrées dans la plus célèbre des grimpées cyclistes sans pour autant réussir à flinguer le monument. Un peu plus de 1000m de dénivelé qui ont tout supporté déjà de la vindicte des érudits comme de toutes les formes de nausées populaires. Au final, de vaines tentatives pour abattre le titan médiatique. 21 virages mythiques qui font l'unanimité dans les rangs des millions de supporters de la Grande Boucle, et 14 km d'ascension depuis le Bourg d'Oisans comme moyen de se frayer soi-même un chemin, ou plutôt une modeste sente de chèvres dans la légende. L'Alpe, l'illustre grimpée qui fait aussi rêver des milliers d'amateurs. l'objectif ultime pour 6000 cyclistes passionnés embarqués dans la pente chaque année. La récompense d'un hiver entier d'une préparation rigoureuse ou pas ! Pour ma part, la clé de voute d'une semaine de vacances à chasser les cols alpins, comme alpiniste à 20 ans, je chassais les premières et les grandes échappées solitaires possibles dans le massif du mont-Blanc...


Une journée idéale de la fin de ce mois de juillet 2013. La température parfaite au matin après une nuit d'orage apocalyptique. Les dernières heures de repos calfeutrées dans une belle chambre anglaise plantée au sommet de l'objectif. Le temps de récupérer d'un enchainement effectué la veille du col de la Colombière (1613 m) et du passage des Aravis (1486 m) avant de rejoindre les gorges de l'Arly. Une première ascension de 16 km depuis Cluses en arrivant de Genève, pour vérifier l'état de forme et la qualité du matériel embarqué. Une glissade ensuite vers le Grand-Bornand avant de remettre la gomme vers la Clusaz puis dans les ombres acérées et sous les abruptes du Mont Charvin. 6 épingles dans des pâturages sauvages avant une descente à tombeau ouvert vers Albertville. Une petite centaine de kilomètres en tout. Une séance d'affutage parfaite pour attaquer les virages de cette Alpe dont on fait si grand cas, avec la condition physique des grands jours.




La montée n'est pas la plus raide, ni la plus difficile du secteur à quelques distances du Lautaret et du Galibier. De quoi rapidement avoir des fourmis dans le jambes et tenter d'emmener gros dès les premiers lacets au risque de faire péter le moulin avant le sommet. Tenter de jouer les stars du peloton, les "purito", les "Aigle de Tolède" ou les "Pistolero"... Mais l'âge venant est un bon conseil pour mener l'expédition à bon port sur le rythme qu'il convient. Une allure de montagnard plutôt qu'une succession de dépenses inutiles... 


Une montée tout à l'économie...  Voilà pour le côté tactique de l'aventure avant de tout lâcher chez Rapha™ (la nouvelle boutique de la marque britannique sponsor de la Sky, installée juste au sommet de la rampe réputée mondialement). la visée précise du jour pour tout avouer. Une bonne montée pour justifier l'achat de beaux maillots de corps et d'une paire de chaussettes également signée de la jeune maison anglaise pour transpirer des pieds avec classe ! Une montée sèche de 14 km pour se payer le luxe d'un passage à la caisse sans avoir à culpabiliser. "Et si vous pouviez me remettre aussi une petite veste imperméable qui va bien et un slip en laine mérino pour passer l'hiver au chaud avec la petite bande blanche sur le côté pour rester discret dans les grandes occasions !..."  


Une montée de l'Alpe, pour passer le reste de ses vacances fauché après s'être laissé faire les poches par une bande de professionnels du marketing dont j'avoue avoir réussi à me laisser berner comme il m'arrivera certainement encore de le faire à l'avenir malgré toutes les précautions pour me prémunir définitivement de cette bêtise. La passion, comme l'amour, que voulez-vous ?!... Comme on ne compte pas sa propension au labeur pour vivre ses rêves quels qu'ils soient. "De la béatitude malgré soit !" pensait Nietzsche à l'heur de son grand midi. Et j'eusse dû mieux me méfier de toute cette "beauté rusée" comme le fit avantageusement ce "surhomme" cher au philosophe de Leipzig, qui "comme l'amant à qui trop velouté sourire donne méfiance".  "Ainsi parlait Zarathoustra" alors que pour ma part je continuais ma route sans fin et ma fol échappée dans les rayons des grands magasins.
JL Gantner     

PHOTOS © Elvis & Lili 2013


mercredi 7 août 2013

NUIT AUX NANTILLONS

C'était soit le bistrot, soit le projet d'une nuit "à la belle" juste sous le glacier des Nantillons. Un peu moins de 3000m d'altitude dans le massif du Mont-Blanc, et une vue imprenable sur les aiguilles de Chamonix. La face NE de Blaitière, le Grépon, l'M ou les Charmoz...  On a les nuits qu'on peut !




Bon d'accord, c'est beau ! Mais c'est quand même dingue de consentir autant d'efforts, juste pour avoir le plaisir de se flinguer le dos sur un simple et rudimentaire tas de cailloux ! Une "trimée" infernale dans la seule perspective de ressentir enfin l'horrible souffrance s’atténuer une fois l'ultime but atteint. Celui d'une nuit entière à attendre les premières lueurs du jour comme on guette fébrilement les premiers signes de terre après des semaines en mer... Un bon millier de mètres de dénivellation chaotique au dessus "des immondes précipices" comme on disait au XIXe siècle. Un voyage à pied, chargés comme des mules, dans des déclivités redoutables au dessus des glacières du Montenvers ou dans les pierrailles surchauffées de Blaitière, juste, pour un bivouac sous le ciel traversé de pinacles et de hauteurs prodigieuses du Haut Faucigny. 



Une besogne de forçat pour une seule nuit un peu au dessus de ce bas monde et d'une grande mer polluée qui le borde ! Voilà bien un objectif "balnéaire" idiot, si loin des plages et des zones touristiques conventionnelles, si éloigné des galeries marchandes de toutes sortes. Une marche de bête de somme en plein cagnard, avant que ne s'effondre la journée sous les projecteurs de la grande fournaise cosmique.  La bonne lumière pour lancer le film d'une nuit dans un décor de pierres rugueuses et de neiges écorchées au milieu de l'immense capharnaüm tellurique. Le grand marché aux étoiles pour récupérer d'une année entière de consommation à outrance et d'actualité synthétique. Notre mon Sinaï, notre Olympe... notre Tai-Shan ou notre mythique Meru projeté sur le grand écran naturel, au lieu des consternants affichages aux cristaux liquides pour nous entretenir en temps réel de nos obligations de brillances essentielles dans la sciure convenue et les rognures déférentes des nouvelles arènes médiatiques. Le point de vue privilégié sur quelques sommets respectables. Ce Nébo ou ce Golgotha... Un de ces "Mont Analogue" aurait dit René Daumal dans son récit inachevé. Le poète qui était aussi alpiniste... Le décor d'une fabuleuse expédition de la pensée au pays des "hommes-creux" et de la "Rose-amère", au lieu d'un paysage de caravanes piétinantes sur les plages méditerranéennes. Cette sorte d'affreuse scène marine où la plus basse classe de nos semblables empile des souvenirs de supermarché dans le trafic continu. L'étrange cérémonie touristique des hommes-bêtes devant leur fourrage estival commun. Le sainfoin de l'humanité en vacances. La coutume d'un étalage grossier du monde apocalyptique, priant les membres grands ouverts sous le soleil exactement. Mes frères de sang,  étendus de tout leur long sur le sable bondé et trempés dans la sainte huile cosmétique pour ressembler à leurs Dieux de pacotille quelques jours encore après la rentrée. L'ordre hérétique et surabondant d'un monastère trivial condamné au tourment éternel. Un traquenard "religieux" pour pauvres diables persuadés du monde libre et naturel qu'ils habitent dans la plus parfaite des symbioses. Mais il faut bien habiter comme dormir quelque part, n'est-il pas ?!...
JL Gantner


"Ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes" dit Nietzsche à propos de son Zarathoustra (livre 4) sortant de la caverne et définitivement transfiguré.



PHOTOS © JL GANTNER & P DUHAMEL 2013