lundi 17 juin 2013

LES VACHES DE MARCEL MILLE

La vache ! Qu'est-ce qu'on s'est marré ce jour là avec Marcel. Marcel Mille. Un ancien pubard revenu sur ses terres d'origine après une vie professionnelle entière passée à la bonne adresse du 133 de l'avenue des Champs-Elysées. (Publicis. La bande à Bleustein-Blanchet, reprise en main depuis 1975 par Maurice Levy avant de devenir le monstre mondialisé à plusieurs milliards de CA annuel).


Les vaches de Marcel Mille

Marcel vit aujourd'hui dans la vallée de la Loue, et profite de sa retraite pour peindre. Des vaches ! Des années qu'il s'amuse à leur tirer le portrait. Une véritable obsession ! Du coup, ma consœur et moi, on s'était dit qu'on ne pouvait quand même pas continuer de faire notre métier de journaliste de manière un tout petit peu crédible, sans aller un jour forcer la porte d'un artiste transporté par ce qui constitue généralement notre principale source d’inspiration quotidienne. La campagne, le monde agricole… Les gros tracteurs à crédit et le fumier qui pue. Les quotas laitiers, les subventions européennes, la vache folle… la tremblante du mouton. Les cochons qui chient dans les rivières déjà toutes polluées, et les poules en batterie qu’on nous oblige à bouffer avec des chevaux Bolognaise en barquettes 100% pur bœuf… Imaginez alors mon enthousiasme devant la perspective d'une journée à la campagne ! Mais à voir ce mec en train de courir au milieu du troupeau de son ami Michel Prost avec son appareil photo autour du cou… Ces bonnes têtes de veau, le museau planté dans de l’herbe bien fraîche d'un bon paysan comme on les aime dans les publicités pour les yaourts, le beurre pasteurisé ou la crème fraiche allégée… À voir ces grosses laitières bien en chair et l’œil vif tourner autour de notre caméra la cloche au cou et une marguerite au bout du pis… Bon ! Voilà comment on a pu se ecouer la couenne comme il faut dans les environs de Chantrans ce vendredi 14 juin. Marcel qui se marre tout le temps en pensant sûrement à son prochain gribouillage, et un tas de bestiaux sains d'esprit dans le champ de ma caméra pour rester raccord avec le sujet d'un Franc-comtois en Franche-Comté après que le gars fut longtemps parisien à se prendre la tête sur les budgets Renault. Des bonnes tires, mais qui côté carrosserie, n'arrivent pas à la cheville de ces montbéliardes de Chantrans... Si Marcel vous le dit ! JL Gantner 





Marcel Mille et Michel Prost à Chantrans/ PHOTO © Jean-Luc Gantner

vendredi 14 juin 2013

LA GRANDE BOUCLE (ET PRÉVOYEZ AU MOINS UN BON MOIS DE TOUR DE FRANCE POUR DIGÉRER !)

La pire escroquerie cinématographique de l'année !... Ou les tribulations d'un tube de mayonnaise Lessieur étalé sur les routes du Tour de France pour être sûr de bouffer tout le gras qu'il faut avant la grande ballade de juillet. À digérer avec modération !
 

 





mercredi 5 juin 2013

CHAMONIX EN MAI...

Chamonix au mois de mai... mais on était déjà début juin je crois ! Oui et bien comme disait ce vieux Newton : "Tout est question de point de vue" ! C'est comme cette image née comme un coup de fil à donner... Et je me demande bien pourquoi elle n'a jamais répondu.


PHOTOS © JL GANTNER

dimanche 26 mai 2013

vendredi 24 mai 2013

ICI "LONDRES"... LES VACHES SONT SORTIES DU PRÉ...

LA ROUTE/ À l’avant de la course avec Marylou dans le rétro et une paire de roues Lightweight™ au prix d’un container de poivriers Peugeot™ pour tenter de rattraper la 403...

Je n’irai pas jusqu’à dire comme Jack Kerouac écrivait que « la plus belle course de ma vie était sur le point de commencer… » je n’étais d’ailleurs ni dans le Mississippi, ni dans le Nebraska, et encore moins au coin de cette « 40e » et de Madison Avenue à New-York où se termine le roman culte d’un de mes auteurs préférés. Au lieu d’une Hudson de 1949 et sa Marylou de cinéma vautrée dans le grand roman de Proust traduit en Anglais, les 2 jambes coincées sur le rétro chromé de la belle bagnole la fenêtre ouverte : cette Peugeot™ 403 cabriolet, plantée dans notre champ de vision pendant 4 jours de reportages sur le Tour Cycliste de Franche-Comté.

PHOTO © Jean-Luc Gantner
Un modèle mythique du temps du cinéma « moderne ». (Jean Seberg dans la caméra sans traveling ni éclairage supplémentaire de Jean-Luc Godard en 1960. Une Arriflex™ 35BL je crois !… (Le genre d’engin qui allait bousculé l’histoire du cinéma comme dans le cyclisme un Peugeot™ PX10 à raccords noirs… resterait dans les mémoires après avoir servi quelques victoires de l’immense Eddy Merckx). L’obsolescence déjà d’un matériel de tournage encombrant passé d’âge, et de méthodes de travail « À bout de souffle » à l’époque où les lourdes caméras  américaines Mitchell™ cherchaient encore à conserver leur privilège par tous les moyens. Une route… qui en chasse une autre. Une vieille histoire ! comme le lycra sur les épaules de la Sky™ remplace aujourd’hui la laine des maillots Molteni™. Bon, et nous voilà bien avancés !

 PHOTO © Jean-Luc Gantner

UNE BELLE MARQUE™ DE FABRIQUE SUR UN MAILLOT LAVABLE EN MACHINE
À ce moment précis, le type (disons Tony™ dont je vous parlerais dans le détail prochainement) se dit qu’il aurait fière allure avec son maillot Kerouac™ au guidon d’un BMC™ SLR1 équipé de roues Lightweight™ Meilenstein à plus de 3000 euros la paire  ! Juste le moment où son rédacteur en chef le rappelle à l’ordre d’un sujet à livrer avant midi sur la stratégie managériale des usines Cycleurope™ de Romilly S/Seine où Peugeot™ continue de faire fabriquer sa marque sans avoir à mettre les mains dans le cambouis. Une marque™, mais plus d’usine depuis bien longtemps déjà !… La marque de fabrique de notre chouette monde moderne où les marques elles mêmes finissent un jour par changer de maillot sans prévenir ni les ouvriers, ni les clients ! (Un truc qu’on ne verrait jamais au milieu d’une course cycliste inscrite sur un calendrier officiel. Et il ne manquerait plus que ça encore !)  Là, Tony se fait franchement remonter les bretelles par sa direction de l’information, en général plutôt patiente, mais qui elle aussi a des comptes à rendre à ses actionnaires qui eux aussi changent de couleur de maillot tout le temps. Ok alors ! Oui, Romilly dans l’Aube, au lieu de Kerouac imprimé sur un maillot tricoté main mais lavable en machine. Pour rester bons amis et continuer de nous entendre sur le sujet d’une route parfaitement circonscrite à son objet principal d’un joli poivrier de Sochaux sur la table. Une route, avec cette 403 de cinéma devant nous et un groupe de forçats aux maillots détrempés lancé à nos trousses. (Et voyez où Tony es est, qui ne sait pas si tout tiendra sur la table en finissant par rajouter une jolie miss comme Charlène Michaux sur la nappe ?! Le petit coup de sel en plus qui finirait pas tout faire déborder…
PHOTO © Jean-Luc Gantner
Cette vision récurrente du paysage un peu flou qui défile à travers le pare-brise dans le reflet du bandeau officiel de la course. Loin derrière la Berline de reportage, des hommes vissent en tête du peloton. À peine quelques images furtives d’une échappée du jour dans le rétroviseur de la bagnole… Des heures de route à l’avant d’une grande bagarre quotidienne de dérailleurs. Un enchainement de contorsions sur la banquette de notre Peugeot™ 308 stop & start de service pour tenir informés les téléspectateurs et les internautes tout en épargnant la couche d’ozone et les ours blancs de l’Arctique. (Moins de 140 g de CO2 par km ! Mais où l’on regrettera la mise à disposition d’une surface plane et stable permettant d’écrire sur le tableau de bord des résultats lisibles en descendant de l’habitacle et poser sa bière sans risque pour son costard repassé pour le grand Direct dans les journaux du soir…)

« ICI LONDRES, ICI LONDRES. LES VACHES SONT SORTIES DU PRÉ… »
Des heures sous l’antenne amovible posée sur le toit de la Cadillac™, l’oreille collée à la HF réglée sur radio Tour. L’oreille collée à la fréquence 157,550 MHz, et les yeux fixés sur le témoin de niveau Wifi du téléphone portable pour tenter une connexion avec le Blog Cycliste de France 3™. « Chute ! », « chute à l’arrière… » Puis la même voix  de stewart égraine dans le poste des numéros de dossards en tête du dernier GPM…  « Laissez travailler les directeurs sportifs SVP ! » « Les voitures des invités, prenez du large maintenant, ça va revenir fort dans la descente ». « Allez prenez de l’avance devant »… Puis plus tard : « Des vaches sont actuellement sortis de leur enclos à l’entrée du village. À tout le monde : Faites très attention ! »… « Au km 168, Deux coureurs sont toujours en tête à 2 minutes »… Le film de l’étape déroulé comme une bande son grésillante dans le récepteur HF. Autant d’incidents de parcours qui deviendront les événements médiatiques dans les JT. Les neurones passés au shaker des heures durant, et la tête comme une citrouille sur la ligne d’arrivée, avant de tout devoir résumer sur une minute trente en direct à la télé. « Allo la terre. Oui, ici Londres » (Le grand reporter bien sûr !)… À la régie : « Heureux de te revoir mon cher Albert. c’est à toi dans 10 secondes ». Le voyage forcément un peu étrange pour un visiteur de musées ou un pêcheur à la ligne mondialisé. Le temps aussi pour Tony et son équipe de reportage embarquée, de prendre quelques jours de repos bien mérités après tant d’émotions sportives sur la route.  JL Gantner

mardi 21 mai 2013

EN DIRECT DE LA ROUTE DU TOUR DE FRANCHE COMTÉ 2013

Une sacrée virée à vélo dans les paysages Comtois et une escapade à grande vitesse sur les pentes suisses du massif jurassien pour décider d'un grand vainqueur après une bagarre terrible de 4 jours. Des reportages à chaque étape...

Avec Stéphane Rossetto (Bigmat Auber 93)
Vainqueur de l'épreuve 2012

Des Interviews et des Directs réalisés dans des conditions, le plus souvent improvisés au moment même du départ ou des arrivées de la course ! Des journées sur la route et des nuits pour traiter l'information sur le Blog Cycliste de France 3. Le métier de reporter à cent à l'heure et sans réussir à toucher au poignées de freins. Un bon job comme on l'aime ! JLG 




Retrouvez toute la couverture TV et Internet sur le Blog Cycliste de France 3

mercredi 15 mai 2013

RÉCIT/ Dans le vire-vire du Bd Saint Miche et de la rue St Jacques

(DANS LA SÉRIE DES AVENTURES DE "JOHN THE RIDER")

Tony™ actionne son dérailleur du bout des doigts pendant qu'il appuie de toutes ses forces sur ses pédales automatiques, l'une après l'autre dans un strict mouvement de coucou suisse bloqué sur midi. Tony™se défonce à la débauche d'efforts considérables dans l'optique de ses calmer les nerfs et d'imaginer un monde meilleur. On fait bien du vélo pour les raisons qu'on veut non ?! 

L'auteur sur le Prix de la République du Saugeais - 2013 (PHOTO Luc Lhomme)

Tony™ (mais qu'on aurait pu aussi appeler Johnny...) Oui, oui... Bon, c'est d'accord. Je m'incline donc à la demande générale. Va pour Johnny alors ! Et qu'on n’y revienne surtout pas ! Johnny (Johnny comment d'ailleurs ?) Mais on ne va pas y passer la nuit non plus !.. Johnny tout court et ça ira bien comme ça ! Johnny tout court qui n'oublie jamais de tirer sur les genoux et de plier les bras même dans les pentes raides. Le truc d'un pédalage « bien rond » pour espérer remonter la concurrence sans gaspiller trop tôt ses dernières forces de persuasion... Le truc du coursier bien posé sur sa machine dont ce Johnny là, tout court... connait le refrain par cœur. Tout court... « Mais va savoir après quoi ?! » se dit le beau Johnny dans son costume jaune de champion des Champs-Elysées). Un gars qui ne mégote pas non plus sur les sujets philosophiques. Un habitué de la Sorbonne en passant par la rue Soufflot, le Bd Saint-Miche… et la rue des Écoles avant de remonter la rue Saint-Jacques (une virée parisiennes de quelques hectomètres que « le penseur de Rodin » effectue en alternant un 39X23 dans les descentes pour tourner les jambes à la vitesse d'un lémurien au galop, avant de s'arracher tout debout sur la plaque en visant le sommet du Lycée Louis Legrand). Johnny « John the rider »… Le recordman du vire-vire de la rue Champollion sur Strava™ (l'application Internet dorénavant incontournable du « monde meilleur » dont notre Johnny Begood à dérailleur électrique intégré s'est fait une spécialité parmi les syndicalistes les plus affirmés du peloton. Johnny... le « John Trumbull » d'un cyclisme moderne repeint de fond en comble façon Tour de France de 1903. Ce « Paris, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et retour au bercail » pour faire vraiment le tour du sujet, mais en évitant scrupuleusement le moindre escarpement (Bon, oui ! Ouhhhh !!!… peut-être ?! Mais j’aurais bien voulu vous voir dans les 21 virages de « l’Alpes » avec un engin de 12 ou 13 kg au moins, monté sur un seul plateau de 50 dents. Une machine dont vous auriez pu chercher longtemps les freins encore dans les cartons à dessins le jour du départ.) Une épreuve historique remportée à l’époque avec la moustache par Maurice Garin (Heu ! Qui ça ?!...) 2400 km en 6 étapes… Une bambée qui en aurait jeté plein les mirettes à ce pauv’ Tony™ abandonné dans le gruppetto dès la première mine tirée par Johnny devant l’aile Ouest du collège de France. Tony™ qui gardait le palmarès de l’édition de 1924 accrochée au dessus de son lit pour tout vérifier de l’avance d’Ottavio Bottecchia lorsqu’il se réveillait en sursaut à cause d’un boyau crevé au pire moment de la course. Le luxembourgeois Frantz à ses trousses ; ces belges et ses français, malgré l’abandon des frangins Pélissier entre Cherbourg et Brest… Les gros titres dans le Petit Parisien du lendemain parce qu’un reporter du nom d’Albert Londres, l’illustre correspondant de guerre et défenseur de toutes les causes perdues, faisait le boulot en signant ses papiers à la rubrique des « forçats de la route ». Une affaire de bagne dans le Tourmalet au lieu des belles causeries humanistes sur les banquettes du Flore. Plus de 5000 bornes courus en 15 manches de 300 à près de 500 kilomètres chacune ! Depuis l’université de Besançon, Fred Grappe et Julien Pinot avaient tout recalculé dans les moindres détails convertis en puissances moyennes. (Où l’on aurait pu aisément confirmer qu’on ne buvait pas que du chocolat au bistrot de la gare de Coutances où les vedettes françaises racontaient leurs déboires avec l’administration officielle au soir de la 3e étape pour une histoire de maillots doublés… Pour vous dire les suées de Tony sous ses draps, et vous raconter la fanfare au balcon lors du retour des damnés à Paris après 30 jours à planter des croix de bois sur le pourtour exact de l’hexagone. « Bon tu dors où tu prends ton tour ?! » lança Johnny après s’être secoué le coude plus de dix fois en tête de la meute sans réaction d’aucun de ses coéquipiers. Tony, à bloc dans la roue de son John Reed des « 6 » jours qui ébranlèrent le monde du sprint, mais avec l’entrée du panthéon dans le dos… Tony… dans West side story, avant d’appuyer sur les freins devant le Reflet Médicis et avec la musique de Léonard Bernstein sous le casque pour essayer de faire craquer Nathalie Wood avant la fin de la séance. De quoi pouvoir enfin dérouler tranquillement jusqu’à la Seine de fin les yeux enveloppés dans l’alchimie d’une mixture d’endorphines amoureuses ! Tony et son côté : je pédale dans le Flamby™ depuis deux tours des studios sans réussir à reprendre mon souffle sur les photos. « Oh John ! Coupe un peu. T’es pas encore à Porto-Vecchio là ! » mais John s’en fout. John baisse la tête et serre les poignées de son guidon en arrachant les pavés de la rue Soufflot sous le coup d’une accélération redoutable pour larguer la concurrence avant le passage de la flamme rouge. Tony s’effondre littéralement devant la porte d’entrée de chez Gibert. La librairie où le petit Godard du cintre coudé entre à bout de souffle dans une posture Hitchcockienne pour acheter en solde « la vie des martyrs de G. Duhamel. Une façon comme une autre de considérer « le monde meilleur » dont on parlait tout à l’heure, mais Londres aurait adoré ! JLG

mardi 14 mai 2013

PORTFOLIO/ UN JOUR DE COURSE DANS LA RÉPUBLIQUE DU SAUGEAIS

Un peu moins de cent bornes dans les dénivelés du Saugeais.  Le tout à la vitesse d'une succession d'attaques et de relances ininterrompues. Une guerre des maillots sans merci sur les pentes Françaises du massif Jurassien.


  


PHOTOS © Luc Lhomme

lundi 22 avril 2013

"DE" LA PRATIQUE DU SPORT DANS L'ARMÉE FRANÇAISE


Un reportage en 4 chapitres, réalisé au mois de mars 2013 à Besançon, sur la pratique et le rôle du sport dans l'armée Française / © France Télévisions.
Plusieurs compagnies se croisaient ou attendaient leur tour pour des opérations au Liban, au Mali, à Djibouti ou en Afghanistan... Il neigeait encore un peu sur la place d'arme du quartier Joffre où nous avions planté notre caméra pour parler de sport dans l'armée Française... Du rôle d'une activité physique soutenue dans les rangs militaires. Une simple question, sans autre volonté particulière. Quelques heures de tournage programmées au 19e régiment d'artillerie de Besançon, dans le but de soumettre nos idées reçues à l'épreuve du terrain.










REPORTAGE © France Télévisions - Mars 2013
Jl Gantner, Denis Colle, Philippe Drouot, Alex Baudrand, Marie Bashung
(Pour les musiques : BO de "Into the Wild"de Sean Penn composée par Eddie Vedder et BO de "Dead man" de Jim Jarmusch composée par Neil Young.

Je ne sais pas vous, mais pour moi, la caserne et l'uniforme... Les ordres hurlés sans raison à la face du petit personnel sans distinction et les corvées obligatoires de toutes sortes, ne m'avaient pas forcément laissé un souvenir impérissable. Une année au 27e bataillon de chasseurs alpins à Annecy il y a tout juste trente ans... L'adresse au dessus du lac, les dents de Lanfon, le mont Veyrier et la Tournette en toile de fond peuvent faire rêver, certes ! Mais Je l'avoue tout net : ce paysage là d'un peloton mis au pas où l'on avait cherché à me faire disparaitre dans la couleur kaki d'un bon millier de troufions réquisitionné avec moi pour l’occasion d’une tradition héritée du Directoire — ce style dont je transporte aujourd’hui l’élégante sobriété d’une chaise en noyer à pieds de sabre et son dossier à claire-voie dessiné d’une lyre d’un appartement à l’autre… — m’avait laissé un goût profond pour la rébellion, la mutinerie et l’émeute. Cette inclinaison pour l’indépendance d’esprit qui ne m'a plus jamais quitté depuis. C’était le temps du service militaire encore obligatoire, dans un contexte idéologique qui rendait la loi Jourdan du 5 septembre 1798 et ses nobles intérêts égalitaristes, pour le moins obsolètes depuis les évènements de mai 68… Je n’avais pas encore 20 ans et je me destinais alors à une vie entière consacrée à l’alpinisme de haut niveau en hésitant encore entre une certaine inclinaison pour la misanthropie et un combat politique sans merci contre toutes les formes d’injustice et d’aliénation. Ce cher vieux Bonatti et sa bataille aux Drus sur ma table de nuit pour entretenir mes cauchemars libertaires, et quelques cavernes naturelles un peu rustres pour installer mon duvet crasseux sous des volutes de poésie montagnarde. Tout ça pour vous dire de quel point de vue je partais avant de vous livrer ce témoignage professionnel de quelques gens en treillis rencontrés lors d’un tournage consacré au sport dans l’armée Française. D’aucun de mes coreligionnaires verront sûrement à travers ce compte rendu de 3 journées passées au quartier Joffre de Besançon, un hymne, pour ne pas dire une promotion de la chose militaire au lieu d’une critique en bonne et due forme attendue sur leurs écrans de principe. Et je ne sollicite aucunement leur indulgence. Car j’avoue qu’il m’a été permis de tout filmer sans restriction d’aucune sorte, sur l’insistance même d’une hiérarchie militaire parfaitement ouverte à ma volonté de tout voir. Oui, tant pis pour les postures faciles et les vérités toutes faites dont je suis souvent ceinturé dans mon métier, mais au principe du repli sur ses convictions premières, j’ai préféré l’émancipation d’un l’audit libre de tous arguments dogmatiques. Le fil d’une rencontre dont j’espère qu’il peut constituer l’objet désintéressé d’un échange de sentiments dégagé de toute autre arrière-pensée. Sportivement votre. JL Gantner

vendredi 15 février 2013

(PORTFOLIO) LA ROUTE / FÉVRIER 2013



Tony™ s'était d'abord écarté de la route pour réparer son pneu crevé. C'était cette sorte d'hiver ou le froid encombre un peu la couleur du ciel. La couleur orange, répandue sur l'asphalte et du bleu pour se causer un peu du temps qu'il fait.









 PHOTOS © JL GANTNER 2013
(smartphone + traitement numérique)


vendredi 21 décembre 2012

PATRICE FORSANS, PHOTOGRAPHE


J'avais d'abord cru pousser la porte de son atelier de la rue Mégevand à Besançon, comme d'autres l'auraient fait bien avant moi à l'entrée de quelques adresses célèbres au 19e siècle à Paris. Celles où naissaient les Daguerréotypes de Nadar au 35 bd des Capucines, ou ceux de Charles Legros au 199 de la rue St Honoré. Ces maisons où l'on façonnait son nom et sa réputation avec des plaques à l'albumine, des catolytes ou des Émulsions au gélatino-bromure d'argent... 
  
Patrice Forsans est "photographe à Besançon", une profession comme on l'indiquerait aussi facilement au recto de n'importe quelle carte de visite commerciale d'un millier de ses collègues, mais qui ne résumerait rien de ce grand artiste de la rue Mégevand ! Depuis quelques années le photographe d'origine Parisienne se consacre à une oeuvre singulière en noir et blanc qui fait l'objet d'une exposition dans son atelier Franc-Comtois mais aussi dans le quartier du Marais à Paris où un grand projet est en train de voir le jour. "Régénérations" ou le principe du souvenir d'un monde, déployé sous le prisme d'une multitude de points de vues possibles. "Si je me retourne, explique l'auteur" et que j'essaye de me rappeler une chose, j'aurais du mal à vous en livrer une seule définition". Tout est question de taille, de proportion sous la lumière de Patrice Forsans. Dans la matière des tirages barytés qu'il façonne lentement devant son écran d'ordinateur, l'ancien reporter des Pompiers de Paris devenu ce génial portraitiste du centre-ville Bisontin, syncrétise ses expériences humaines, ses fêlures d'homme surtout ! dans un rapport aux formes d'une sensibilité déconcertante. Le résultat : cette épure graphique à la bonne mesure de nos confrontations incessantes avec le temps qui passe et l'alchimie de nos amours perdus. Plus que la lumière, le temps dérègle nos trajectoires philosophiques dans la matière sombre qui nous réuni tous. Tout ne serait-il qu'une affaire d'ombre ? L'architecture secrète de la mélancolie. Où "notre part d'ombre"verrouille sa cible émouvante sur nos futures incandescences. Des arbres, mais tout ce qu'ils nous ressemblent. Le principe de l'infiniment raisonnable, poussé dans ses retranchements définitifs au confins de l'immense chaos cosmique. "Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ?" La question a été mille fois répétée... Mais dans l'oeuvre troublante de Patrice Forsans, l'interrogation prend une forme essentielle, magnifique.
Jean-Luc gantner


   
REPORTAGE © FRANCE TV 2012


PATRICE FORSANS
Atelier-Contrast / 12 Rue de l'Avenir 25000 Besançon / France
Tél : +33.[0]3.81.50.76.62 Mobile : +33.[0]6.82.20.30.79

samedi 17 novembre 2012

PATRICK EDLINGER EST MORT


Il avait 52 ans. Patrick Edlinger est décédé. C'est le Dauphiné libéré qui a donné l'information vendredi soir 16 novembre. Le grimpeur était une véritable légende de l'escalade. Dans les années quatre-vingt, le film "La vie au bout des doigts" réalisé par Jean-Paul Janssen, avait considérablement contribué à médiatiser la discipline. Patrick Edlinger devait participer aux 14e "Rencontres du cinéma de montagne de Grenoble" ce mois de novembre 2012. Difficile de décrire le grimpeur sans l'image qu'il aura véhiculé toute sa vie. Celle d'un homme "libre" comme il le rappelait toujours lorsqu'il répondait à des interviews (Je ne sais pas exactement ce que contient cette définition un peu facile ?!... L'auteur de quelques solos magnifiques à Buoux dans le Lubéron, au Mali ou encore dans les les Gorges du Verdon...


   
Patrick Edlinger en 1983, lors d'une tentative à vue de "Chimpanzodrome" 7c+ / Les Saussois dans l'Yonne
PHOTO © Jean-Luc Gantner

Le grimpeur médiatique avait été le rédacteur en chef de Roc'n Wall entre 1997 et 2000 (un magazine entièrement consacré à l'escalade dite "libre") une pratique dont il aura été une des figures les plus représentatives après des types comme Jean-Claude Droyer, Marc et Stephane Troussier, puis Jean-Pierre Bouvier,  Laurent Jacob, Jean-Baptise Tribout et les frères Marc et Antoine Le Menestrel... En 1986, Patrick Edlinger gagne l'une des toutes premières compétitions internationales d'escalade organisée à Bardonecchia et part représenter la France sur une épreuve en Russie un peu décalée de nos propres concepts occidentaux du moment. Que restera-t-il de tout ça ? Les compétitions d'escalade... on trouvait ça vraiment nul à l'époque avant que tout le monde se prenne au jeu bien sûr ! Les murs synthétiques au lieu des bivouacs en hiver sous les falaises de Saffres ou du Saussois. Des chronomètres officiels et des cadres fédéraux au lieu de nos errances dans la matière des grandes  parois du sud de la France ou du massif du Mont-Blanc.  Le public se souviendra longtemps du "Blond" "les mains nues" (comme la formule un peu "débile" était restée après une publication d'Actuel puis de Paris match). Mais le public, on s'en fout !... Patrick Edlinger, foutu le camp après ce Walter Bonatti en septembre de l'année dernière. Voilà ! JLG

vendredi 16 novembre 2012

JUSTE AVANT LE COUP DE FREINS !



Tony… vient de terminer toutes ses manip informatiques sur son portable, vérifier ses # sur son compte twitter, autoriser ses nouveaux amis cyclistes sur Face Fook, et télécharger les dernières mises à jour essentielles pour profiter pleinement des sites marchands les plus réputés du moment sur Internet. Tony jette un coup d’œil rapide sur le temps pourri à travers la fenêtre pendant qu’il flashe totalement sur une paire de chaussures Giro™ à 274,95 euros. Des pompes de vélo « à lacets » au look rétro malgré leur super couleur argent marquée de vert fluo. Une belle paire de pompes toutes neuves alors que Tony en a déjà une armoire pleine. Des souliers à velcros et des godasses à système de serrage par câble. Tout un placard de grandes marques™ moulées dans le carbone. Il tombe des cordes ce jour-là. Tony se dit qu’il essaierait bien de mettre le nez dans la théorie du même nom expliquée sur une fiche Wikipédia pour tenter de comprendre les origines du monde qui l’entoure et réussir à mettre au point une méthode efficace pour éradiquer définitivement cette météo de merde de son espace vital.


 

PHOTO © Jean-Luc Gantner



Tony se dit ça surtout dans la perspective de trouver une faille tangible dans le chaos ambiant… Toute une playlist de commentaires dans la presse et sur les réseaux sociaux à propos d’une cohorte de champions déchus par exemple ! Tout un peloton, dégradé, jeté à la vindicte selon la parfaite illustration du principe de la thermodynamique des trous noirs. Une matière sombre déjà oubliée, remplacée par un flux d’infos débordant d’idées fixes (Idéfix… Ce serait pas le chien d’Obélix ?!... Le clébard qui suit partout le livreur de menhirs dans les BD d’Uderzo, alors qu’il nous avait montré qu’il savait aussi courir tout seul derrière les petits lapins dans une édition des années soixante dédiée uniquement aux enfants et aux chiens…) « Rien ne se perd, tout se transforme » disait Lavoisier… Mais je me demande quand même bien ce que je vais pouvoir foutre d’un Fox terrier de bande dessinée belge au milieu d’une tentative de dérapage sémantique concernant la matière d’une sortie d'automne à vélo.




PHOTO © Jean-Luc Gantner


Tony, face à son écran, tente un rapide calcul de masse grasse à ne surtout pas dépasser pendant l’hiver, rapportée à la gravité des événements planétaires survenus lors de ces dernières vingt quatre heures, mais n’aboutit à rien de probant qu’il pourrait publier dans les pages sportives d’un journal sérieux comme le 19/20 de France 3. Tony, empêtré dans ses calculs de statistiques (la probabilité quasi nulle d'être reconduit à son poste de reporter sportif après la rédaction d'un papier aussi sérieux que celui là à la rubrique météo. Comme celle de voir passer Bradley Wiggins en jaune sous l’Arc de Triomphe depuis la porte Maillot. La porte Maillot… qui peut bien porter ce qu’elle veut de jaune ou d’autre chose le jour ou tout le monde a les yeux fixés sur la remise de tricots officiels des Champs-Elysées).
Ce brave Tony… qui repense alors à l’hymne solennel d’une grande boucle convertie cette année dans la langue de Joe Strummer ou de Sid Vicious ?!... Juste comme ça, juste à ce moment là. Une pensée d’un Anglais à Paris qui lui traverse l’esprit comme un morceau de musique punk au milieu d’une séance d’enregistrement de Justin Bieber. Une idée idiote, comme celle d’offrir une Zipp™ 404 à Stephen Hawking ou utiliser un Sram™ Red pour essayer de raccorder les fans de David Beckham aux lecteurs d’Arthur Miller ou de Jonathan Coe. Un putain de joueur quand même ! Enfin, un putain de joueur d’avant 2007 surtout ! Le Beckham de Manchester United ou du Real Madrid plutôt que le footeux de salon dans Gala… Le Beckham qu’on aurait tous bien vu au PSG. N’est-ce pas Thibaut ? Même si, bon, c'est vrai ! le mec demandait un peu cher (se prenant certainement pour une fabrique de ballons d’or à lui tout seul, et sans jamais avoir foutu un seul pied à l’usine…)




PHOTO © Jean-Luc Gantner




Une connexion baroque sur le réseau au lieu d’une belle continuité linéaire adaptée aux séances prudentes de métaphysique commerciale. Bref ! À force de penser derrière sa fenêtre avec la matinée qui défile et le soleil qui finit quand même par revenir, Tony se décide enfin à prendre le large pour profiter d’un bout de ciel dans les tons secs prévus pour le restant de l’après midi ; récupère une de ses bécanes posées sous la fenêtre du salon (celle avec ses deux gros pneus crantés prévus pour les terrains vagues et la boue, la houle sous la selle et les glissades esthétiques sur les paquets de feuilles détrempées) et s’élance pour une bonne sortie d’entrainement sur son vélo des bois.
Une randonnée cramponnée au chronomètre pour voir le monde filer à toutes bombes sans avoir le temps de réfléchir au degré d’entropie laissée derrière soi ; sentir l’air glacé pénétrer dans les poumons incendiés par la contrainte physique, la difficulté du combat livré.




PHOTO © Jean-Luc Gantner



C’est là que j’ai croisé Tony. C’est con, mais je croyais l’avoir perdu de vue depuis qu’on s’était engueulé à propos d’un titre de Lou Doillon (C'est fou ce que l'on peut quelquefois s'engueuler pour des trucs vraiment sans intérêt !) Un titre génial, certes ! « mais sur un disque chiant à mourir, je maintiens... » (On n’est quand même pas chez Drucker ici, non ?!) Remarquez que quand je dis « un disque », je dis « un disque » parce qu’on a toujours dit comme ça. Comme on parle d’un tas de trucs qui n’existent plus depuis l’invention d’Internet, mais qu’on continue quand même d’appeler comme on l’a toujours fait pour se persuader d’un vieux monde matériel qui persisterait malgré tout, un monde de choses en dur qu’on peut aussi toucher comme un vélo sur lequel on peut encore poser son cul en se faisant mal aux jambes avec les muscles qui brulent et le cœur que l’on sent battre un peu fort dans les côtes.




PHOTO © Jean-Luc Gantner



Bon ! Où on en était nous avec tout ça ?!... Oui, ce Tony que je croise la tête baissée sous sa casquette de cyclocrossman et les orteils bien enfoncés dans ses cale-pieds. Le genre de mec qui se fout pas mal de tout ce qui se confond dans les journaux sérieux dont on parlait à l’instant, et de la jolie gente qui les remplit. Tony dont je prends la roue comme d’autres confrères prennent aussi un paquet de notes pour se souvenir de la marque™ du magasin. Le côté « gente » qui en connait un rayon sur tout ce qui bouge sous les pneus, les mouvements planétaires et la cosmologie générale.




PHOTO © Jean-Luc Gantner



C’est là qu’il s’est remis à pleuvoir. Juste une bruine, un crachin désagréable pour foutre en l’air le beau contraste sur les photos. Tony s’était barré dans une descente débridée, un rythme infernal dans la terre glaise et les effleurements calcaires sous le tapis végétal cramoisi ; une pente redoutable bien au-dessus de mes moyens, me laissant à mes propres pensées agitées des siennes alors en pleine débandade. Une sacrée secousse au moment de me résoudre à serrer les freins.




PHOTO © Jean-Luc Gantner


Et moi qui étais parti pour vous raconter le beau film de l’été prochain. Cantador, Froome, Rodriguez, Valverde… Wiggins en difficulté dans la deuxième grimpée de l’Alpes pendant que Rolland décide d’attaquer les frères Schleck au passage de la moto TV… Thibaut Pinot en guerrier sur les pentes du Ventoux pour avoir le droit de savourer une Despé sous le podium après avoir enfiler le maillot à pois. Toute une saison de cyclo-cross en cours avec la photo de Francis Mourey chaque semaine dans les journaux. Les classiques qui suivront avec un Tom Boonen affuté comme une faux avant les moissons ; Gilbert prêt pour la revanche ; et le match Cancellara, Sagan... Juste avant le départ d’un 100e Tour de France en Corse. Une randonnée d'enfer dans les pages du Blog Cycliste ! Jean-Luc Gantner





vendredi 19 octobre 2012

LE VOYAGE A BICYCLETTE



Cette route là, sent l’automne à plein nez. « Des feuilles mortes qui se ramassent à la pelle » et des flaques d’eau qui éclaboussent nos plannings surchargés. Novembre en octobre… comme toutes ces incongruités qui accompagnent dorénavant nos voyages modernes de toutes sortes. Cette incessante chorégraphie quantique sur nos écrans, ces inlassables remises à jour de tout ce qui bouge, du plus petit mouvement dans l’air, et du moindre rond dans l’eau. Déjà l’automne ; les casquettes en mode « Belge » bien enfoncées sur les oreilles. Le temps pourri des caleçons longs et des capelines qui se ramène un peu tôt ces jours-ci. La saison des chaussettes épaisses et des imperméables étriqués qui débarque avant l’heure prévue. Cette bruine, ce crachin aux couleurs métalliques qui concourt aux horizons humides de l’arrière saison. Mais rien, qui ne saurait empêcher tout à fait une grande sortie à bicyclette arrangée sur le vif d’une envie subite de prendre le large.


 PHOTOS © Jean-Luc Gantner

 Sur la carte, un peu plus d’une centaine de kilomètres sur les rives du Doubs. Un aller-retour entre Besançon et Dole dans le Jura à l’allure d’une simple trace nomade et tout ce qu’il y a de plus écologique. Besançon, Boussières, St Vit, Dampiere, Rochefort-sur-Nenon et Dole jusqu’au pied de la Collégiale. Un bout de chemin sur l’itinéraire « Nantes Budapest » de l’Eurovélo N°6. L’idée qu’au retour, l’envie me prendrait alors de poursuivre la route jusqu’à Mulhouse et puis la Suisse, Bale, et le lac de Constance à la frontière allemande, le château d’Arenenberg pour les amateurs, d’autres préféreront la réécriture d’une station balnéaire dans le style art nouveau. A chacun sa route !… celle d’Herman Hess passait par là dans les premières années du vingtième siècle, où peut être l’écrivain réfléchissait-il sur son futur « Loup des steppes ». Ce malaise, cette âme errante de Harry Haller, le personnage principal du grand auteur allemand, en proie à quelques doutes sur la condition humaine, une crise existentielle face à son destin terrestre inéluctable....


Herman Hess, le temps de reprendre son souffle sans quitter le sujet qui nous préoccupe ici : Le voyage… Un voyage, initiatique, dans le cas de ce « Loup des steppes ». Un monument de la littérature plutôt qu’une bastille de pensées touristiques toute faites, pour en rester à l’objet de la belle carte postale d’un beau lac bien fait. La route… ou la perspective de quelques milliers de kilomètres à parcourir juste droit devant. La route… qui n’en finirait plus, comme seule case à remplir sur mon calendrier. L’Autriche, Vienne et le Café Prückel, les peintures de Gustav Klimt… et un requiem de Mozart bien sûr, pour compenser cet oubli inexcusable d’avoir laissé Salzbourg en chemin. Une bonne séance d’endurance jusqu’à Bratislava en Slovaquie l’histoire de voir son beau tramway ; puis Budapest la capitale hongroise (l’autre pays du Tramway…) La ville de naissance de Robert Capa, le photographe reporter de guerre ami de Cartier Bresson dont le nom restera a jamais gravé dans la mythologie du photojournalisme et dans celle de l’antifranquisme. Budapest, pour dévorer un de ces Goulasch typiques ou un ragout d’agneau au paprika (C’est qu’il commence à faire faim sur la route après plus de 3000 kilomètres à pédaler sans relâche la tête dans les étoiles d’une communauté européenne toute concentrée sur la même cuisine économique et financière qui lui déchire l’estomac depuis des mois.




Le Danube plonge ensuite d’un coup plein sud vers l’ancienne Yougoslavie, Osijek, Vukovar en Croatie (la ville martyre du conflit Serbo/croate avant celui quatre ans plus tard de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine. La dernière grande barbarie du vingtième siècle où s’illustrèrent les très zélés Miroslav Radic, Goran Hadzic, et autres Ratko Mladic… tous sous le contrôle politique de Radovan Karadžić ; le psychiatre et dirigeant Serbe, qui avait orchestré le siège de Sarajevo, accusé de génocide et de crime contre l’humanité comme le fut avant lui le président des Serbes Slobodan Milošević décédé avant la fin de son procès à La Haye. Un procès pour juger les principaux responsables serbes impliqués dans les atrocités militaires commises durant la guerre de Yougoslavie qui a repris au cours de ce mois de novembre 2012 au Tribunal pénal international avec à la barre, Radovan Karadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie. L’homme, poète à ses heures, s’est d’abord présenté devant les juges mardi 16 octobre dernier en « artisan de la paix », soulignant son souhait « d’être récompensé pour toutes les bonnes choses qu’il aurait accomplies dans sa vie ».) Cette constance qu’ont les hommes d’avancer tête baissée et sans jamais vouloir s’acquitter de rien…


L’Eurovélo 6 quitte maintenant la ville de Novi Sad dans l’ancienne Voïvodine, et puis Belgrade, la ville blanche… d’où toute l’affaire était partie du temps où avec un ami photographe, nous tentions d’apprendre le métier dans cette grande débâcle générale des Balkans en dormant sur le front avec nos bons vieux Nikon™ argentique qu’on oubliait quelquefois dans les bars une fois rentrés chez nous. C’était il y a exactement vingt ans maintenant. )


Une route comme prétexte au réarmement des souvenirs à haute tension le long d’un Danube qui n’aurait peut-être pas obligatoirement la même définition romantique pour tout le monde. La route reprend vers l’Est et délaisse encore Bucarest au pied de la Transylvanie, la capitale roumaine, dont ceux de ma génération associent encore le nom de Ceaușescu à l’histoire des républiques socialistes qui s’est arrêtée là dans un bain de sang, en 1989, quelques semaines après la chute du mur de Berlin. La Roumanie… et je préférerais volontiers retenir ces formes d’un « baiser » parfait de Brâncuși, le sculpteur originaire des Carpates débarqué à Paris dans l’époque des Ready-made de Marcel Duchamp pour foutre un sérieux bordel dans l’académisme d’une discipline encore toute dédiée à ces « Rodin » du XIXe siècle toujours persistants.



Ma route délaisse par le sud cette évocation d’un monde aujourd’hui enfoui sous les couvertures des livres d’histoire, comme le nouveau ruban d’asphalte tendu aujourd’hui entre l’Est et l’Ouest m’épargne la visite de la Moldavie toute proche. (Avec mon frère d’armes déjà à mes côtés en Yougoslavie, nous avions traversé ce pays alors en proie à la guerre civile dans les années 90… Deux camps, dont l’un adossé à l’Ukraine agissait sous les ordres du général Lebed, commandant en chef à l’époque, de la 14e armée de la fédération de Russie basée à Tiraspol pour empêcher la Transnistrie de basculer du côté de l’Otan. Une route semée des pires embuches administratives et surtout militaires au lendemain de l’effondrement de l’Union Soviétique.


La Moldavie côté Dniestr dont les autorités locales de tout acabit, nous avaient les unes après les autres dépouillés de tout ce qui pouvait représenter la moindre valeur financière resté en notre procession après le long voyage qui nous avait conduit jusque là. Des opérations de rétorsions menées sous la menace de Kalachnikovs, et dans des reflux d’alcool en habit de camouflage dont je n’ai rien oublié des effluves rustres et bestiales ; tout ce qui délitaient peu à peu notre objectif de reportage dans la région !) Ce territoire de facto, actuellement « la république Moldave du Dniestr » seulement reconnue par elle-même au profit certain de trafics en tout genre. Une plaque tournante pour les ventes d’armes, la drogue et les réseaux mafieux. « Bienvenue au pays des derniers soviets ! » comme l’a écrit Frédéric Delorca en 2007. Le dernier endroit au monde où le marteau et la faucille dominent encore aux frontons des Kolkhozes réfractaires. L’ultime endroit où l’idéologie des goulags a encore force d’esprit ; où Lénine tient encore de tous ses boulons bien serrés… Un cadavre de l’URSS dans le plus pur style néo-classique cher à Rodtchenko. Ces chef-d’œuvres pompeux encore bichonnés comme les carrosseries d’antiques Lada posées en agrément des paysage de béton défoncé.

 PHOTOS © Jean-Luc Gantner

La route prend fin à quelques dizaines de kilomètres d’Odessa sur les rives occidentales de la mer Noire. Je ne peux éviter la mythique bande muette d’Eisenstein qui se superpose au grand escalier « Potemkine » et menant ces temps ci à un immense centre commercial. Le boulevard Primorski ou l’on aurait aperçu Pouchkine au temps de la grande Saint-Pétersbourg. Hermann Hess, Robert Capa et les cafés viennois, Sarajevo, le constructivisme soviétique et l’exil de Pouchkine sous le règne d’Alexandre… Une journée de repos bien remplie sur ma bicyclette pour décompresser d’une semaine de boulot. Jean-Luc Gantner